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Passer de la compréhension juste à la compréhension supérieure

Message dicté par Gautama Bouddha à travers Kim Michaels, le 7 janvier 2023 lors du webinaire du nouvel an 2023 « Être une personne spirituelle dans un monde chaotique ». (2/9)

Je suis le Maître ascensionné Gautama Bouddha. Le Noble sentier octuple est une voie que de nombreuses personnes se réclamant du bouddhisme ont tenté de suivre au mieux de leurs capacités à travers le temps, en fonction de leur niveau de conscience et des schémas présents dans leurs corps émotionnel, mental et identitaire. Comme décrit précédemment, ce chemin est difficile à suivre ; je vous propose donc quelques réflexions pour vous aider à l’aborder sous un angle nouveau dans le monde d’aujourd’hui.

Normalement, ce chemin est défini comme huit étapes ou phases ou qualités, qui contiennent toutes le mot « juste », comme la compréhension juste, l’intention juste, etc. Mais « juste » est-il le mot approprié au regard des enseignements sur les paires et la conscience de dualité qui tend à tout diviser en au moins deux polarités, imposant ainsi un jugement de valeur : l’une est juste, l’autre est mauvaise, l’une est bien, l’autre est mal. Plutôt que d’utiliser le mot « juste », employons plutôt le mot « supérieur », ce qui donne « compréhension supérieure », « intention supérieure », « parole supérieure », etc.

Commençons par ce qui a traditionnellement été considéré comme la première étape : la compréhension supérieure. Voyez-vous, nous avons évolué. Le mot « juste » sous-entend une finalité, un stade ultime. Pour beaucoup, et ce depuis toujours, la compréhension juste signifie qu’il est possible d’atteindre une compréhension ultime. Et si quelque chose est véritablement juste, cela devrait représenter, pour beaucoup, la compréhension suprême qui ne pourrait pas être approfondie, transcendée ou dépassée. Mais alors, pourquoi le Bouddha a-t-il fait de la compréhension la première étape d’un chemin en huit étapes ?

Il n’existe pas de compréhension ultime
Si, dès la première étape, on atteint une compréhension ultime, pourquoi aurait-on besoin des sept autres étapes ? En parlant de compréhension supérieure, nous sous-entendons qu’il y a toujours une compréhension plus élevée à acquérir. Rien n’est définitif, et il est assurément extrêmement bénéfique de reconnaître que, tant que l’on est incarné sur une planète aussi dense que la Terre, avec une conscience collective aussi dense, on ne peut atteindre aucune compréhension ultime.

Cela tient en partie à la densité de la matière elle-même, mais aussi à celle de la conscience collective. Bien sûr, avec le temps, la conscience collective peut s’élever et s’est élevée. Il se peut qu’un jour l’humanité atteigne une compréhension supérieure à celle d’aujourd’hui, mais elle ne constituera jamais la compréhension ultime. C’est pourquoi le Bouddha n’a pas fondé une religion avec une cosmologie complexe qui expliquait comment fonctionne l’univers. Le Bouddha reconnaissait les limites de l’esprit humain et de la conscience humaine.

Il y a 2 500 ans, la conscience collective était bien plus basse qu’aujourd’hui. La compréhension des réalités cosmologiques était encore plus limitée. Aujourd’hui, cette conscience s’est considérablement élevée, notamment grâce à l’influence de la science. De ce fait, les individus disposent de meilleures bases pour appréhender les vérités supérieures. Il est toutefois essentiel de reconnaître que le niveau de compréhension actuel est limité et le restera dans un avenir prévisible.

Cela signifie qu’en tant qu’étudiant spirituel sincère aspirant à l’éveil, vous ne pouvez jamais vous arrêter et croire avoir atteint la compréhension ultime. Nombreux sont ceux qui agissent ainsi en s’appropriant un enseignement extérieur, qu’il soit bouddhiste ou autre, et en affirmant qu’il s’agit là de la vérité ultime. « Parce que je comprends cet enseignement, j’ai la compréhension ultime », pensent-ils. Or, c’est là une conception erronée de la compréhension.

Les limites de l’esprit linéaire
J’ai dit que la conscience humaine est aujourd’hui plus développée qu’il y a 2 500 ans, et que cela est en partie dû à la science. Or, la science repose largement sur une pensée rationnelle, analytique et linéaire. Qu’entends-je par pensée linéaire ? Eh bien, elle tend à tout percevoir en termes de cause à effet. Il faut pouvoir observer la vie sur Terre et définir clairement qu’il existe une cause distincte et qu’une condition a un effet qui a débuté à un moment donné. La situation actuelle aurait été produite par une série d’étapes linéaires menant d’une étape à la suivante, et ainsi de suite,

On en trouve de nombreux exemples en science, mais prenons la théorie de l’évolution, selon laquelle une cellule serait apparue en premier, puis les organismes bicellulaires. Ensuite, des organismes plus complexes et progressivement, étape par étape, de manière linéaire, seraient apparus les espèces actuelles. Sans entrer dans le détail de la théorie de l’évolution, il s’agit là d’un exemple de raisonnement linéaire. Nous partons des conditions actuelles. Nous projetons une série d’étapes allant de ces conditions à des causes plus simples. Et nous arrivons à un stade ultime où le processus a commencé. C’est, pour certains, le couronnement de la science.

Ce n’est évidemment pas ce que j’enseignais il y a 2 500 ans, lorsque j’enseignais les origines interdépendantes. En réalité, tout est interconnecté. Certains domaines scientifiques l’ont d’ailleurs découvert et reconnu qu’on ne peut rien séparer. Cela ne signifie pas pour autant que la science est invalide. Il est bien sûr pertinent d’étudier un phénomène particulier, de tenter de le décrire et d’en isoler une cause précise ; la méthode scientifique consistant à examiner des phénomènes distincts et à en rechercher la cause n’est donc pas invalide. Ce qui est invalide, c’est lorsque certains imposent à ce processus une dimension philosophique et idéologique, en prétendant qu’il existe une réalité objective et ultime selon laquelle un phénomène peut être considéré comme distinct et, par conséquent, qu’il a une cause distincte. Autrement dit, on pourrait considérer qu’en observant ce phénomène spécifique et les étapes qui ont mené de la cause originelle au phénomène, on peut désormais tout savoir à son sujet.

Il est clair que cela ne peut constituer une compréhension supérieure, car il n’y a pas de place pour l’expansion, pour la transcendance, vers une compréhension plus élevée. Cela peut convenir si vous prenez une table de billard et que vous y placez des boules. Vous prenez une queue et vous frappez une boule avec celle-ci, la faisant rouler vers une autre. Ensuite, vous mesurez ce que vous pouvez mesurer dans cette situation et vous dites : « La cause initiale était la queue qui a frappé la première boule, laquelle, par sa direction et son élan, a transmis une certaine force à la boule suivante. Qui a ensuite frappé une autre boule, et ainsi de suite. » Cela convient parfaitement pour décrire un phénomène particulier.

En quoi une table de billard constitue-t-elle un phénomène distinct ? Comment est-elle apparue ? N’a-t-elle pas été inventée par l’homme ? N’est-elle pas fondée sur certains principes généraux régissant l’univers matériel ? D’où proviennent ces principes ? Voyez-vous, comme l’ont découvert les physiciens quantiques, on ne peut pas observer un phénomène subatomique et l’isoler. On utilise alors une image mentale macroscopique, on la superpose et on se dit : « Voici une particule distincte. Et nous pouvons étudier cette particule subatomique comme on étudie une boule de billard sur une table de billard. »

Les physiciens quantiques ont découvert, sans l’ombre d’un doute, que dans le monde quantique, il n’existe pas de particules séparées. Elles font partie d’un tout plus vaste. Elles peuvent être séparées par une certaine distance, mais elles restent liées de telle sorte qu’une modification de l’une entraîne instantanément la modification d’une autre, même éloignée. C’est là une découverte majeure de la science. Elle n’invalide pas la méthode scientifique d’étude des phénomènes particuliers, mais elle invalide l’idée, souvent teintée d’idéologie, qu’il serait possible d’isoler un phénomène et d’en conclure qu’il a une cause unique. Il n’existe ni phénomènes isolés, ni causes isolées.

Cherchant à contrôler le monde des causes séparées
Pourquoi est-ce important ? Eh bien, revenons à notre point de départ. Vous vivez dans un monde devenu ces dernières années plus chaotique et plus imprévisible, ce qui engendre chez beaucoup un sentiment d’insécurité quant à l’avenir. La réaction de nombreuses personnes est, comme je l’ai dit, de vouloir préserver leur équilibre. Leur premier réflexe est de trouver un moyen de contrôler le monde. Lorsqu’elles réalisent leur impuissance, elles adoptent alors la réaction que j’ai décrite : le déni de leurs sentiments, de leurs pensées et de leur identité, les refoulant dans l’inconscient afin de maintenir cet équilibre illusoire.

Comme je l’ai également expliqué, il existe une voie supérieure : celle d’examiner pourquoi vous ressentez, pensez et vous identifiez de cette manière, et de réaliser que ce ne sont pas des phénomènes isolés. Il y a une raison à cela, et vous pouvez la découvrir. C’est cela, la compréhension supérieure, mais elle ne s’arrête pas là. Pourquoi ai-je évoqué l’absence de phénomènes séparés dans le monde subatomique ? Parce que tout est composé de particules subatomiques, du moins tout ce qui relève du domaine matériel. Ce que vous considérez habituellement comme le monde matériel, perceptible par vos sens ou grâce à des instruments scientifiques, est défini de manière très spécifique. Vous le percevez comme un ensemble d’éléments distincts sur lesquels vous projetez une image mentale.

Mais ce que les physiciens quantiques ont prouvé, c’est qu’il n’existe pas d’entités séparées. Les boules de billard ne sont pas des entités séparées, car elles sont composées de molécules, d’atomes et de particules subatomiques. Puis, il existe une couche encore plus profonde qui constitue ces particules subatomiques, ou qui les produit ou les manifeste. Cela signifie que rien de ce que nous voyons dans le monde matériel ne peut être séparé du monde subatomique. Tout est fait de ce monde.

De plus, Albert Einstein a prouvé que la matière n’existe pas réellement, car elle est de l’énergie ayant pris une forme spécifique. La couche la plus profonde de la matière n’est pas constituée de particules, mais d’énergie. L’énergie, bien sûr, ne peut pas être isolée comme on peut isoler une particule. Une onde d’énergie se propage dans l’espace. Elle n’a pas de localisation précise. On ne peut isoler une onde d’énergie, ni la figer pour en avoir une image exacte, car une onde est en mouvement constant. Lorsque j’évoquais les origines interdépendantes, je reprenais simplement une autre façon d’exprimer une découverte des physiciens quantiques : tout ce que nous voyons est l’expression de quelque chose d’invisible, et cette expression est en fin de compte celle d’un tout interconnecté et interdépendant.

Vous n’êtes pas séparés de votre environnement
Quel est le lien avec les enseignements du Bouddha sur l’éveil ? Eh bien, qu’est-ce que vous ressentez en tant qu’être humain incarné sur Terre ? Commençons par le corps physique. Vous avez été élevé, parfois au fil de nombreuses vies, à percevoir votre corps physique comme une entité séparée, quelque peu isolée. Vous avez l’impression que votre corps est une unité cohérente. Vous pouvez décider de vous lever de votre chaise et d’aller vous promener dehors, et votre corps se déplace dans l’espace extérieur comme une entité distincte. Il peut être affecté par certains éléments, comme la présence d’une voiture qui pourrait vous heurter, ou la pluie qui vous mouille. Mais en général, vous avez la sensation d’être une entité séparée et de pouvoir vous déplacer librement dans l’espace qui vous entoure.

Vous savez, si vous y réfléchissez, la raison pour laquelle vous pouvez marcher à la surface de la Terre est qu’il existe une force invisible, appelée gravité, qui vous maintient en contact avec elle et vous empêche de flotter dans l’air. Vous savez intellectuellement que des forces agissent sur votre corps, ce qui signifie que votre corps n’est pas réellement séparé de l’environnement. Bien sûr, vous pouvez aller plus loin et réaliser que votre corps est composé d’atomes, de molécules, de particules subatomiques et d’ondes énergétiques. Par conséquent, il est indissociable de cet environnement énergétique dans lequel vous vivez. Pourtant, en raison des impressions sensorielles, de l’éducation reçue sur Terre durant cette vie et des empreintes de vies antérieures, la plupart des gens ont tendance à percevoir leur corps physique comme une entité distincte.

La plupart des gens ont tendance à considérer leur corps émotionnel, s’ils estiment en posséder un, comme une entité distincte. Il en va de même pour le corps mental et le corps identitaire. On a tendance à penser que l’on possède ses propres émotions, mais ne voit-on pas combien de fois on est affecté par des impressions extérieures, par ce que font ou disent les autres ? Si quelqu’un vient vous voir et se met en colère contre vous, ne voyez-vous pas que cela affecte votre corps émotionnel ? En quoi votre corps émotionnel est-il séparé ?

Vous est-il déjà arrivé que quelqu’un vienne vous dire quelque chose qui vous affecte profondément ? Vous avez tendance à le croire ou à ne pas le croire. Il se peut même que vous vous disputiez avec cette personne. De toute évidence, votre esprit n’est pas une entité isolée.

La plupart des gens n’ont pas envisagé que leur identité soit fortement influencée par leur environnement. Ils ignorent à quel point leur éducation leur inculque une certaine conception de l’identité. Ils ne réalisent pas non plus comment, au fil de nombreuses vies, ils ont été conditionnés à se percevoir comme des êtres humains distincts. Lorsque l’on aspire à une compréhension plus profonde, il est essentiel de prendre cela en compte. Il faut considérer qu’au niveau macroscopique, celui des sens et de l’esprit linéaire, nous percevons les phénomènes comme séparés. Un immense conditionnement, ancré dans notre subconscient et dans la conscience collective, nous pousse à identifier les différences, les objets et les phénomènes comme distincts.

Bien sûr, il y a une raison très pratique à cela. Il faut pouvoir identifier les différents phénomènes. C’est ce qui nous permet de vivre dans la réalité concrète qui est la nôtre. Est-ce dangereux pour moi ? Cette substance est-elle dangereuse pour mon organisme ? Va-t-elle me tuer ? Va-t-elle détruire mon organisme ? Et bien d’autres questions de ce genre.

Encore une fois, il n’y a rien de fondamentalement mauvais là-dedans. Le problème survient lorsqu’on superpose une conception idéologique aux impressions qui nous parviennent par nos sens et notre esprit. Or, une autre partie de cet esprit affirme que ces choses sont réellement distinctes. Ce que l’on perçoit par les sens et l’esprit serait une réalité objective. Il existerait des choses distinctes, séparées de notre corps physique et de notre esprit. Par conséquent, si notre corps physique ne peut agir sur elles, notre esprit ne peut rien y faire. Cela influence, bien sûr, nos relations avec autrui. Les autres sont considérés comme distincts de nous.

Pourquoi les êtres humains tuent d’autres êtres humains
Si l’on observe les espèces animales, on constate que la plupart ne s’entretuent pas, contrairement aux êtres humains. En réalité, un être humain ne devrait pas tuer un autre être humain. Si l’on considère cette personne comme un être humain, comme soi-même, on ne peut pas la tuer. Il s’agit simplement d’un mécanisme de survie au niveau de l’espèce. Comme les scientifiques l’ont expliqué, il existe un niveau individuel et un niveau d’espèce entière. Parfois, certains individus doivent agir pour assurer la survie de l’espèce. Cela peut se traduire par la reproduction, la protection, et bien d’autres choses encore.

Pour qu’une espèce survive, il existe une certaine programmation. Il existe même une programmation inscrite dans votre corps qui dit : « Ne tue pas les membres de ta propre espèce, car cela constitue une stratégie de survie très inefficace. » Toutes les espèces sont programmées pour survivre. Comment est-il possible que les êtres humains puissent s’entretuer et ce, depuis aussi longtemps que l’histoire soit consignée ? C’est possible car, grâce aux impressions sensorielles et au filtre de perception de l’esprit, on peut se créer l’image mentale que l’autre personne n’est pas un être humain comme soi. On n’est pas lié à cette personne. Par conséquent, on peut la tuer sans que cela nous affecte. C’est la seule façon pour un être humain de tuer un autre être humain.

Cela suggère au moins que les êtres humains peuvent se créer une image mentale déconnectée de la réalité. La science a démontré que tout est interconnecté, mais l’humanité a, au fil de l’histoire, construit l’illusion que les êtres humains sont séparés les uns des autres et peuvent donc s’entretuer sans s’affecter eux-mêmes. Certes, on sait qu’une personne peut tuer une autre personne physiquement, mais que son corps ne meurt pas. Par ailleurs, une grande partie de la population croit au karma et considère que tuer un autre être humain a des conséquences, même dans les vies futures. Il existe donc un lien certain entre ces deux notions.

Dans une grande partie du monde moderne qui s’est éloignée des enseignements religieux sur le karma, on observe une mentalité dissociée qui pousse les gens à croire que leurs actions envers autrui n’ont aucune incidence sur eux-mêmes. On constate que presque toutes les religions contiennent cette mise en garde : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Ce principe repose, bien sûr, sur la reconnaissance de l’interdépendance de toute chose ; ainsi, nos actions envers autrui ont des répercussions sur nous-mêmes.

La séparation conduit à des jugements de valeur
Quel est le point de départ de la compréhension supérieure, première étape du Noble sentier octuple ? Il s’agit de commencer à remettre en question ce sentiment de séparation, cette illusion de séparation. Sur quoi repose cette illusion d’être des êtres séparés ? Il s’agit de ce que j’appelais les paires il y a 2 500 ans, mais que l’on pourrait, avec une expression plus moderne, nommer la conscience de dualité ou la conscience dualiste. C’est précisément cette idée que l’on peut observer la vie, la réalité, et dire : « Voici un phénomène distinct et différent de cet autre phénomène. » Concrètement, prenons l’exemple d’un groupe de personnes qui se distingue d’un autre. Leur couleur de peau est différente, donc ils sont différents. On se contente ici de discerner des différences dans les caractéristiques extérieures.

Maintenant, vous allez plus loin. Au lieu de simplement dire que tel groupe a telle couleur de peau et tel autre, vous affirmez : « Il y a une signification idéologique à cela. » Pour reprendre un exemple classique, il fut un temps, pas si lointain – et certains y sont encore attachés –, où les personnes à la peau blanche considéraient que tous ceux qui avaient une couleur de peau différente appartenaient à une race inférieure. C’est là que vous adoptez une pensée dualiste et que vous dites : « Il y a des différences, des différences de couleur de peau, mais ce ne sont pas que des différences physiques. » Non. Ce n’est pas comme si vous preniez un lys et une tulipe et disiez : « Ce sont des fleurs différentes, elles ont des formes et des couleurs différentes, mais ce sont toutes deux de belles fleurs. » Vous dites plutôt : « Voici un être humain à la peau blanche. Voici un être humain à la peau noire. Et la couleur de peau les rend fondamentalement différents. Ce ne sont pas simplement deux variantes d’êtres humains, comme deux fleurs sont des variantes de fleurs. Ce sont des êtres fondamentalement différents. »

De plus, on peut les intégrer à un système dualiste affirmant : « Cette couleur de peau est fondamentalement différente d’une autre. » On peut même y ajouter l’idée que Dieu a créé une race supérieure à l’autre. On peut alors recourir à une autre manipulation dualiste en imposant le jugement de valeur dont j’ai parlé. On déclare que la race blanche est supérieure et la race noire inférieure. On peut même aller plus loin, en affirmant qu’il est parfaitement acceptable que la race blanche soumette la race noire et la réduise en esclavage. Si la race noire résiste, il est alors parfaitement acceptable que la race blanche la tue. Ou encore, on peut imaginer une autre race et dire : « La race aryenne est supérieure à la race juive. Et il est parfaitement acceptable, voire nécessaire pour une cause épique, que la race aryenne extermine la race juive. »

Vous constaterez, en étudiant l’histoire et en vous interrogeant sur les actes ayant conduit à la mort d’autres êtres humains, que dans la plupart des cas – et notamment dans les cas les plus graves, comme la guerre ou le génocide – il ne s’agit pas simplement d’un meurtre motivé par la passion ou par la peur d’être tué par autrui. Non, il est justifié. On justifie l’esclavage des noirs par les blancs. On justifie la tentative d’extermination des juifs par les aryens. C’est ce qu’on appelle la conscience de dualité. Elle repose sur le sentiment de séparation, l’illusion de séparation, mais elle va plus loin en créant des polarités dualistes et en imposant un jugement de valeur. Or, ceux qui adhèrent fermement à ce jugement de valeur peuvent justifier presque n’importe quelle violation commise contre le groupe qu’ils considèrent comme inférieur.

L’expérience de supériorité comme origine de la souffrance
Ce que l’on constate ici, c’est que, tout au long de l’histoire, les hommes ont inventé d’innombrables justifications pour agresser autrui. Toutes reposent sur le sentiment de séparation, la conscience de dualité, la création d’oppositions et l’imposition d’un jugement de valeur. D’un certain point de vue, on pourrait dire : « Mais c’est précisément ce qui procure à ces personnes une expérience particulière. » J’ai évoqué ceux qui aspirent à se sentir supérieurs aux autres. Cette conscience dualiste, ce jugement de valeur, ne sont qu’un prétexte qui leur donne l’illusion de la supériorité.

Certes, on peut l’affirmer, mais quelle en est la conséquence ? La conséquence est que, lorsqu’on sombre dans cette conscience dualiste, ce sentiment de séparation, on ne peut que souffrir. On peut dire que la conscience dualiste, le sentiment de séparation, est en réalité à l’origine de la souffrance. On peut également dire qu’il est impossible d’échapper à la souffrance tant que l’on demeure dans cet état de conscience dualiste et séparée. C’est ce que j’appelais, il y a 2 500 ans, la maya, l’illusion. Voici le sens profond, la compréhension supérieure de la maya : vous êtes prisonnier de l’illusion d’être un être séparé.

Que se passe-t-il lorsque vous vous identifiez comme un être séparé ? Eh bien, soudain, vous êtes séparés des autres, de votre environnement terrestre et de tout ce qui se trouve en dehors de cet environnement, c’est-à-dire en dehors de l’univers matériel. Vous n’êtes pas seuls sur Terre. Il y a des milliards d’autres personnes. Il existe un environnement physique qui, parfois, est le théâtre de catastrophes naturelles. En tant qu’être séparé, vous vous percevrez comme menacés par les conditions de votre environnement.

C’est ce qui pousse les gens à tenter de contrôler leur environnement. Ils le font physiquement, par la force et la violence, soit en soumettant autrui pour le contrôler, soit en cherchant à l’éliminer. Ils le font aussi émotionnellement : beaucoup s’efforcent constamment de contrôler les émotions de leur entourage afin d’éviter les émotions négatives ou désagréables. De même, nombreux sont ceux qui cherchent à manipuler les pensées, les croyances, la compréhension et même le sentiment d’identité d’autrui.

L’ironie de la séparation
Vous commencez peut-être à percevoir l’ironie de la situation ? Voici un individu. Il se perçoit comme un être distinct, un être humain à part entière. Il possède un corps physique distinct. Il possède un corps émotionnel, un corps mental, un corps identitaire distincts. Il craint qu’un événement extérieur ne vienne détruire son corps physique. Il tente alors d’utiliser des moyens physiques pour contrôler son environnement. Or, c’est extrêmement difficile, et personne n’y est jamais parvenu pleinement. Aussi puissants soient-ils, les dictateurs n’ont jamais réussi à contrôler totalement leur environnement.

Cette personne tente également de contrôler les émotions, les pensées et le sentiment d’identité des autres. Mais pourquoi agit-elle ainsi ? Elle le fait pour éviter certaines émotions, certaines pensées et un certain doute quant à son identité. Autrement dit, elle cherche en réalité à maîtriser son propre esprit, mais, se trouvant dans un état de séparation, dans la conscience de dualité, elle croit que le seul moyen d’y parvenir est de contrôler son environnement, sa situation matérielle, les émotions, les pensées et le sentiment d’identité d’autrui.

Cela signifie, bien sûr, que cette personne est engagée dans une lutte perpétuelle contre autrui. Ces autres personnes se perçoivent également comme distinctes. Lorsque la première personne tente de contrôler la seconde, cette dernière se sent menacée, perçoit la première personne comme agressive envers elle, et elle résiste. C’est la mer du samsara. La plupart des êtres humains sont prisonniers de ce sentiment de séparation, de cette conscience de dualité, et cherchent à contrôler autrui pour atteindre un certain équilibre, la paix de l’esprit.

Vous pourriez rétorquer : « Les gens ont le libre arbitre, alors n’ont-ils pas le droit de vivre toutes les expériences qu’ils souhaitent ? » Bien sûr. Je souligne simplement que l’expérience vécue à travers la maya, à travers la séparation, à travers la dualité, est une expérience de lutte, et une expérience de lutte ne peut engendrer que de la souffrance. Elle peut procurer une euphorie passagère, l’impression d’avoir atteint un état ultime de puissance, de contrôle ou de paix. Mais cet état sera toujours menacé, et vous en aurez toujours conscience. Pourquoi le saurez-vous ? Parce que si vous atteignez un état de puissance par la force, vous êtes conscients de la force. Vous êtes conscients que d’autres personnes pourraient tenter de vous ravir ce que vous avez acquis par la force, en utilisant une force encore plus grande.

Observez comment les dictateurs, presque tous, deviennent de plus en plus paranoïaques au fil de leur vie. Quel que soit le pouvoir et le contrôle qu’ils exercent sur leur pays, ils craignent constamment qu’on leur les prenne. C’est pourquoi ils ont besoin d’une police secrète permanente chargée d’identifier et d’éliminer ceux qui pourraient représenter une menace. Voyez combien de milliardaires possèdent plus d’argent qu’ils ne pourront jamais en dépenser, mais qui vivent dans la crainte permanente qu’on tente de le leur prendre. Ils doivent le protéger ou en gagner encore davantage. C’est un cercle vicieux sans fin, car on essaie d’atteindre l’impossible. On tente de contrôler son état d’esprit en contrôlant son environnement. Certes, c’est parfaitement acceptable si l’on souhaite vivre dans la mer du samsara, mais alors le Noble sentier octuple n’est plus nécessaire.

Le Noble sentier octuple est l’alternative à la souffrance
Le Noble sentier octuple n’est pas ce que beaucoup de bouddhistes en pensent. Ce n’est pas le seul chemin vers le salut ou le nirvana. Ce n’est pas une voie supérieure. Il n’a jamais été conçu pour être imposé. Mon but n’a jamais été que ces enseignements se répandent sur toute la terre, que tous les êtres humains adhèrent à la religion extérieure du bouddhisme et que cela leur soit imposé. Le Noble sentier octuple est une proposition faite à ceux qui sont las d’être ballottés par les vagues de la mer du samsara. Ils cherchent autre chose et sont prêts à accepter que, pour y parvenir, ils ne peuvent plus continuer comme avant. Ils doivent emprunter une voie différente.

Quel est le premier pas vers une compréhension supérieure ? C’est avant tout de reconnaître les limites de votre esprit. Vous ne possédez pas actuellement la compréhension la plus élevée. En réalité, vous n’avez pas encore atteint une compréhension supérieure. Car à l’heure actuelle, votre niveau de compréhension est limité, mais des niveaux supérieurs sont possibles. Pour accéder à ces niveaux supérieurs, vous devez agir différemment. Faire quelque chose que vous ne faites pas actuellement. En quoi est-ce différent ? Eh bien, vous devez au moins saisir la nécessité de transcender l’illusion de la maya, l’illusion de la séparation, l’illusion de la dualité, les polarités dualistes, le jugement de valeur, le sentiment de supériorité et d’infériorité. Vous devez remettre en question toute cette façon de penser. Vous devez commencer à la remettre en question.

Cela ne peut pas se faire d’un seul coup. Une certaine continuité est nécessaire. C’est un cheminement graduel qui consiste à remettre en question ces illusions de la maya. Cela prend du temps. En réalité, cela prend des vies entières, mais de nombreuses personnes incarnées aujourd’hui – surtout dans les nations les plus modernes et les plus développées – l’ont déjà fait dans des vies antérieures. Elles ont entamé ce processus dans des vies passées et il leur suffit maintenant de se reconnecter à la réalité qui les pousse à questionner leur esprit, leur vision de la vie, leur approche de celle-ci, et en particulier cette illusion de séparation, de paires, de polarités dualistes.

L’esprit humain peut devenir un système fermé
Tout commence par cette reconnaissance, difficile à formuler il y a 2 500 ans, mais possible aujourd’hui : l’esprit humain a tendance à devenir un système fermé. Vous n’êtes pas une île. Aucun être humain n’est une île. Vous n’êtes pas un être séparé. Vous êtes connectés de multiples façons, au-delà du visible. Non seulement aux autres, mais aussi à votre environnement et à une source qui le transcende, un sujet que nous n’aborderons pas ici. Il est essentiel que vous sachiez qu’il existe quelque chose en dehors du monde matériel. C’est ce que vous êtes. C’est ainsi que vous êtes venus à l’existence.

Vous ne le voyez pas pour l’instant. La raison ? Votre esprit est obscurci par la maya, par une multitude d’illusions et de schémas de réaction ancrés dans vos corps émotionnel, mental et identitaire. Le Noble sentier octuple est un processus qui consiste, étape par étape, à amener progressivement ces illusions et ces schémas de réaction à la conscience, à les examiner d’un œil critique, à évaluer leurs conséquences, voire leur validité et leur cohérence. Puis, à conclure que cette illusion et ce schéma particuliers vous limitent, et que vous en avez assez de cette limitation, car elle vous maintient prisonnier de la mer tumultueuse du samsara.

Vous avez le concept de la mer du samsara, mais de l’autre côté, ou du moins sur l’un de ses côtés, se trouve l’autre rive. Vous pouvez y accéder grâce à une barque, la prajna, constituée des enseignements et de la pratique. Encore une fois, vous ne pouvez pas simplement étudier l’enseignement extérieur, pratiquer les exercices et penser que vous atteindrez automatiquement l’autre rive. Vous n’y parviendrez que par l’introspection, en vous observant vous-mêmes, en examinant vos croyances, vos schémas de pensée. Demandez-vous pourquoi vous réagissez ainsi, pourquoi vous pensez ainsi, pourquoi vous vous percevez comme cette personne. Remettez progressivement tout cela en question, en dissipant une illusion après l’autre. C’est cela, la prajna. C’est ce qui vous porte une fois que vous y êtes, une fois que vous avez compris l’essence du chemin. C’est ce qui vous permet de traverser la mer du samsara. Cela ne signifie pas que vous ne serez pas ballottés par les vagues, car vous le serez. Mais au moins, vous aurez un point d’ancrage qui vous permettra d’aller plus loin.

C’est le commencement de la sagesse, le début de la compréhension. Votre esprit peut devenir, ou plutôt est devenu, un système fermé. Pourquoi dis-je cela ? Comment puis-je l’affirmer ? Eh bien, vous sentez-vous comme le Bouddha en ce moment ? Vous sentez-vous illuminés, dans un état de nirvana ou de samsara ? Vous sentez-vous en paix ? Alors, cela montre que votre esprit est un système fermé. Il est fermé parce que vous avez utilisé sa capacité à refouler les émotions, les pensées et le sentiment d’identité, à réprimer tout ce qui vous perturbe. Mais cela devient aussi une camisole de force qui vous emprisonne. Car chaque fois qu’une nouvelle idée vous vient, elle doit s’intégrer à ce système, à cette base de données subconsciente qui évalue toutes les nouvelles idées, en se demandant : « Est-ce dangereux ? Est-ce vrai ? Dois-je y réfléchir ou non ? »

Comment un enseignant spirituel peut vous aider
Encore une fois, quel est le dilemme d’un enseignant spirituel ? Eh bien, un enseignant spirituel n’est pas prisonnier de la maya, il n’est pas dans la mer du Samsara, contrairement à vous. Comment un enseignant spirituel peut-il vous aider à vous échapper de la maya ? Qu’est-ce que la maya ? Vous croyez en une illusion et vous pensez que c’est la vérité. Vous en êtes convaincus. C’est ainsi que fonctionne le monde. C’est cette croyance qui vous maintient prisonnier de la maya. Comment un enseignant peut-il vous aider ? Eh bien, vous devez prendre conscience que votre croyance est une illusion.

Cela signifie que l’enseignant doit remettre en question vos croyances. Le processus que j’ai décrit implique qu’une partie de votre esprit cherche à étouffer toute remise en cause de vos croyances. Nombreux sont ceux qui ont découvert un enseignement spirituel différent de celui qu’ils suivaient déjà. Ils l’ont examiné, mais leur esprit conscient n’en a jamais saisi la véritable signification, car leur subconscient l’a rejeté, déformé ou interprété. Or, comme je l’ai dit, il n’y a pas d’autre solution. Il faut bien commencer quelque part. Lorsque vous découvrirez un enseignement spirituel, vous l’interpréterez selon votre niveau de conscience actuel.

Encore une fois, ce n’est pas un problème majeur en soi. Le problème survient si vous ne réalisez pas que vous limitez l’enseignement, que vous y superposez quelque chose qui vous empêchera de progresser sur le chemin de l’éveil. Voyez-vous, nombreuses sont les personnes – bouddhistes ou adeptes du New Age et des courants mystiques que l’on rencontre aujourd’hui – qui, face au concept d’éveil, y ont projeté une image en fonction de leur niveau de conscience actuel. Beaucoup sont très attachés à certaines croyances. Ils entendent parler d’éveil et cela leur paraît séduisant. Mais sans s’en rendre compte, ils projettent l’image que l’éveil confirme leurs croyances actuelles qu’ils considèrent comme la vérité ultime. Ils pensent que, bien sûr, que si d’autres personnes atteignent l’illumination, elles comprendront que leurs croyances étaient la vérité ultime et que, par conséquent, ils avaient raison depuis le début.

C’est là un autre aspect de ce désir de supériorité. Un être illuminé serait certainement d’accord avec vous, avec vos croyances actuelles, avec votre vision actuelle de la vie. Mais voyez-vous, si vous n’êtes pas illuminés, comment un être illuminé pourrait-il être d’accord avec vous ? Vous n’êtes pas illuminés car vous êtes en proie à des illusions. Un être illuminé n’a pas d’illusions, il les a transcendées. Dès lors, comment un être illuminé pourrait-il vous affirmer que vos illusions ne sont pas des illusions, mais la vérité ? Ce n’est pas un scénario réaliste. Ceux qui y croient resteront prisonniers de la mer du samsara, leur esprit dominé par la maya. Ils sont derrière le voile de la maya.

Le point de départ du Noble sentier octuple est la volonté de questionner son propre esprit, de constater qu’il forme un système fermé qui s’auto-valide et se renforce de lui-même. Il s’agit ensuite d’accepter l’enseignement et, au lieu de chercher à lui faire valider ses croyances actuelles, de l’utiliser pour les remettre en question, ainsi que ses illusions. Voilà l’essence du Noble sentier octuple. Tant que cette compréhension n’est pas acquise, il est impossible d’emprunter véritablement le Noble sentier octuple. On s’engage alors sur une voie erronée, fondée sur ses croyances actuelles pour définir ce qui constitue une compréhension juste, une intention juste, une parole juste, une action juste, un moyen de subsistance juste, un effort juste, une pleine conscience juste, une concentration juste. Tout cela est « juste » car cela valide ses croyances actuelles.

Vos croyances actuelles sont des illusions. Comment un véritable enseignement pourrait-il les valider ? Vous n’avez que deux options : soit le Bouddha a donné un enseignement erroné, soit vos croyances actuelles sont des illusions. C’est l’un ou l’autre. Le choix consiste toujours à questionner votre propre esprit, votre propre perception, votre propre vision de la vie. C’est ainsi que commence le chemin, le chemin qui mène à l’éveil. Vous pouvez aussi vous approprier les enseignements du Bouddha et créer une fausse voie qui vous enfonce toujours plus dans l’illusion. Cela peut vous donner l’impression d’avoir atteint un état supérieur aux autres, grâce à cet enseignement avancé, à sa pratique répétée, etc. Cela peut modifier votre expérience de la vie, mais cela n’élève pas votre conscience sur l’échelle qui mène à l’éveil. Vous êtes encore dans votre scaphandre.

Voilà la deuxième partie de ce que je souhaitais vous transmettre durant cette conférence. J’aurai, bien sûr, davantage à dire sur les autres étapes du Noble sentier octuple. Sur ce, je vous scelle dans la compréhension claire et indivisible du Bouddha.

Copyright 2023 Kim Michaels
© Noël Wan pour la traduction française, 18/05/2026

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