Aller au contenu

Avoir une intention supérieure

Message dicté par Gautama Bouddha à travers Kim Michaels, le 7 janvier 2023 lors du webinaire du nouvel an 2023 « Être une personne spirituelle dans un monde chaotique ». (3/9)

JE SUIS le Maître ascensionné Gautama Bouddha. Que signifie une intention supérieure ? Qu’est-ce qu’une intention ? On dit souvent qu’une intention est un désir de posséder, vivre ou accomplir quelque chose. L’intention englobe le passé, le présent et l’avenir. Elle implique que, par le passé, vous avez formulé certains désirs ou une certaine vision. À présent, vous avez l’intention que cette vision se réalise, mais vous pensez que cela se produira à un moment donné dans le futur. Mais est-ce là l’intention la plus élevée ? N’y a-t-il pas une autre façon d’envisager l’intention ?

Ce que j’ai dit précédemment, c’est que vous vivez dans un monde difficile. Nombreux sont ceux qui souhaitent se protéger de ce monde chaotique. Ils veulent se prémunir contre une partie du chaos, contre le sentiment d’être submergés, mais ils peuvent aussi éprouver le désir de posséder, réaliser ou vivre quelque chose. Encore une fois, il n’y a évidemment rien de mal à cela. Vous êtes qui vous êtes aujourd’hui et, de ce fait, vous percevez le monde, vous-mêmes et la vie d’une certaine manière. De ce fait, vous avez certaines intentions, certains désirs que vous aimeriez voir se réaliser, certaines choses que vous aimeriez posséder, certaines choses que vous aimeriez éviter. Il ne peut en être autrement.

Lorsque vous vous engagez sur le Noble sentier octuple, vous réalisez que votre intention actuelle n’est pas l’intention la plus élevée qui soit. Il ne s’agit pas pour autant de condamner votre intention, de la juger mauvaise ou de la réprimer avec force, mais de comprendre que la vie sur une planète comme la Terre comporte deux aspects. D’une part, comme je l’ai dit, il y a certaines choses nécessaires à la survie, au maintien de la vie physique. D’autre part, vous avez un but plus vaste et à plus long terme qui consiste à atteindre le nirvana, la paix intérieure, l’éveil, suivre la voie spirituelle, élever votre niveau de conscience, quelle que soit votre définition.

Il vous faut commencer à envisager que vous avez en réalité deux intentions distinctes. L’une est liée à la vie sur Terre, à l’incarnation physique, et l’autre à l’existence au-delà de la Terre, au-delà du corps physique. Le défi, lorsque vous atteignez la conscience spirituelle, est de trouver l’équilibre entre ces deux intentions. C’est le défi éternel, le défi intemporel auquel l’humanité est confrontée depuis la nuit des temps. Comment concilier le fait d’être ici avec l’intention de ne pas y rester éternellement ? C’est là qu’il est nécessaire d’entamer un véritable questionnement de vos intentions et de vos désirs.

La charge mentale liée à la définition de bonnes intentions
Nombreux sont les bouddhistes qui, se penchant sur la notion d’intention « juste », ont tenté de la définir objectivement, en catégorisant les intentions justes et les intentions mauvaises. Ils estiment qu’il faut éviter les mauvaises intentions et se contraindre à cultiver les justes. Cette approche a entrainé beaucoup de personnes dans une spirale d’efforts mentaux pour réprimer les intentions jugées mauvaises et à se concentrer uniquement sur celles qu’ils considèrent justes. Cette approche peut demander un effort mental intense et exercer une forte pression sur elles, comme on le constate non seulement chez les bouddhistes, mais aussi chez de nombreuses personnes spirituelles et religieuses, voire chez beaucoup d’autres qui aspirent à atteindre un idéal.

C’est ici qu’il nous faut prendre un peu de recul. Il est important de reconnaître que le chemin vers une conscience supérieure comporte plusieurs étapes, et il faut bien commencer quelque part. On commence au niveau où l’on se trouve lorsqu’on découvre un enseignement spirituel dans cette vie. Ce niveau varie d’une personne à l’autre en fonction de son évolution dans ses vies antérieures. Personnellement, vous êtes venus dans cette incarnation avec un certain niveau d’intention, un certain niveau de conscience. Vous êtes arrivés à un point où vous avez découvert votre premier enseignement spirituel, vous avez réalisé qu’il existait un chemin spirituel, une voie que vous pouvez suivre. Votre perception de l’époque reflétait votre niveau de conscience général, et c’est sur cette base que vous avez formulé certaines intentions quant aux bénéfices ce que vous souhaitiez obtenir de votre cheminement spirituel. Encore une fois, il n’y a rien de mal à cela ; que pouviez-vous faire d’autre ?

Ce qu’il faut comprendre ici, c’est qu’à mesure que vous progressez sur le chemin spirituel et que votre niveau de conscience s’élève, vous devez réexaminer vos intentions concernant la vie sur Terre. Il est impossible d’établir une distinction nette entre intentions « justes » et « mauvaises ». Vous ne pouvez pas vous forcer. Ou plutôt, vous pouvez vous forcer, mais cela ne vous aidera pas à élever votre conscience. Cela vous maintient prisonnier d’un niveau où vous pensez avoir atteint un stade avancé sur le chemin spirituel en vous forçant à avoir de bonnes intentions. Vous vous croyez donc supérieurs à ceux qui n’ont pas fait ce chemin. Or, comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, il ne s’agit pas d’un véritable progrès.

Une évaluation plus élevée des intentions
L’alternative est de ne pas évaluer les intentions en fonction du bien et du mal. J’ai parlé de la séparation, de l’illusion de séparation et de la conscience de dualité. Que se passe-t-il réellement lorsqu’on définit cette polarité dualiste du bien et du mal ? On se place dans un état d’esprit où l’on est prêt à recourir à la force. Le résultat extrême, comme je l’ai dit, est d’être prêt à exterminer un autre groupe de personnes, différent du sien tel qu’on le définit. Une personne spirituelle a déjà atteint un niveau supérieur où elle ne cherche plus à contraindre autrui. En fait, la plupart des personnes spirituelles ne sont pas disposées à contraindre les autres, mais elles sont souvent prêtes à se contraindre elles-mêmes. On peut très facilement tomber dans cet état d’esprit où l’on a l’impression de devoir utiliser sa volonté, son attention, sa concentration pour se forcer et contraindre son esprit.

Nombre de personnes spirituelles pensent pouvoir progresser grâce à la méditation, mais celle-ci est souvent perturbée par ce que certains bouddhistes appellent l’agitation mentale, où les pensées vagabondent. Ils ont développé l’idée qu’il faut forcer l’esprit à ne plus penser, à ne plus avoir de pensées, ce qui peut devenir très éprouvant pour ceux qui pratiquent cette méthode depuis longtemps. Ils peuvent croire avoir obtenu divers résultats, mais tout repose sur la force. L’alternative consiste à remettre en question cette approche par la force et à réaliser qu’il n’est pas nécessaire d’y recourir.

On peut faciliter cette démarche en considérant qu’avant votre incarnation, vous avez élaboré un plan de vie. Ce travail s’est fait avec vos guides spirituels, quels qu’ils soient, en fonction de votre parcours et de votre développement personnel. Vous avez reçu les conseils de maîtres plus mûrs et plus expérimentés, et c’est sur cette base que vous avez élaboré votre plan de vie. La plupart des gens n’ont pas de plan de vie ou ils ont un plan très simple, mais en tant que personnes spirituelles ouvertes aux enseignements spirituels, vous avez un plan de vie plus élaboré. Ce plan a pour objectif principal votre croissance en conscience, l’élévation de votre conscience à des niveaux toujours plus élevés. Vous vous êtes entretenus avec vos maîtres spirituels et vous avez évalué : « Où en suis-je dans ma conscience ? Quels sont les schémas, les illusions de mes corps émotionnel, mental et identitaire que je dois surmonter pour progresser ? Et comment puis-je faciliter au mieux ce processus dans ma prochaine incarnation ? »

Il s’agissait alors d’un cadre général pour choisir le moment, le lieu et les circonstances de l’incarnation. La plupart des personnes spirituelles choisissaient leurs parents, leur famille, leur culture et leur nationalité, car cet environnement recelait des éléments susceptibles de les aider à surmonter les illusions, les attachements, les comportements et les schémas de réaction qu’elles souhaitaient surmonter dans cette vie.

C’est là qu’on pourrait dire qu’il y a une certaine force à l’œuvre, car lorsque vous établissez votre plan de vie, vous avez une vision plus claire des obstacles à surmonter. Bien sûr, vous savez qu’une fois de retour dans le monde réel, vous oubliez cette perspective. C’est inhérent au processus de surmonter une difficulté. Si vous saviez à l’avance ce que vous deviez surmonter, où serait le défi ? Comment y parviendriez-vous concrètement ?

Vous avez une illusion. Si vous savez qu’il s’agit d’une illusion, vous l’avez déjà surmontée. Le seul moyen de la surmonter est de vous incarner avec elle, de l’oublier, puis, une fois en incarnation, de la percevoir. C’est ainsi que vous la surmontez. Avant même de vous incarner, vous conservez une certaine conscience des obstacles à surmonter et vous choisissez de vous placer dans une situation où vous êtes contraints d’affronter cet aspect particulier de votre psychologie. Votre environnement extérieur, les personnes avec lesquelles vous vous incarnez, par exemple vos parents et vos frères et sœurs, possèdent certains schémas psychologiques qui vous contraignent, ou vous forcent à réagir, vous offrant ainsi l’opportunité d’observer vos propres schémas. En un sens, on pourrait dire que vous vous forcez à y faire face, mais vous l’oubliez bien sûr lorsque vous vous incarnez, ce qui explique vos réactions souvent si vives envers vos parents, votre famille et votre environnement extérieur. Le défi consiste à vous reconnecter avec votre plan de vie.

Le mental veut refouler les choses
Comme je l’ai dit précédemment, il existe un mécanisme mental qui tend à refouler ce qu’il perçoit comme une menace. Il peut s’agir de la peur d’être submergé, de devoir remettre en question ses croyances, peu importe, mais on cherche à refouler cela. Lorsque l’on s’incarne, cela signifie souvent que face à une situation difficile, à une personne difficile, on cherche à refouler le besoin de se remettre en question. On cherche à refouler les sentiments, les croyances, la situation elle-même afin de ne pas perturber son équilibre. C’est naturel pendant un temps, mais si l’on est une personne spirituelle, il était prévu dans son plan de vie qu’à un moment donné, on découvre un enseignement spirituel et que l’on prenne conscience qu’il existe un chemin à suivre.

Ce que vous pouvez retirer de cet enseignement, c’est de vous demander : « Qu’est-ce que je voulais absolument voir en élaborant mon plan divin ? Pourquoi me suis-je mis dans cette situation ? Qu’est-ce que je souhaitais révéler de ma propre psyché ? » En prenant cette décision consciente, vous pouvez surmonter une partie de la résistance à l’introspection, et notamment comprendre pourquoi vous réagissez ainsi face à certains types de personnes.

Cela fait partie de la formulation d’une intention supérieure, où vous prenez conscience que, dans l’instant présent, dans votre situation immédiate, certains schémas de réaction vous incitent à refouler l’exploration de votre propre psychologie. Vous pouvez choisir consciemment de les surmonter et de décider : « Non, je suis prêt à examiner ma psychologie et mes schémas, à les observer et à les surmonter. » Cela signifie que vous vous connectez alors à l’intention profonde qui sous-tend votre plan de vie. Et lorsque vous vous connectez à cette intention, où est la force ? Pourquoi vous forcer à regarder quelque chose en face alors qu’il s’agit de se reconnecter à votre désir de vous en libérer ? Lorsque vous réalisez que vous voulez vous libérer de cela, vous ne vous forcez plus à y faire face.

Qui êtes-vous ?
Vous pouvez alors commencer à envisager qu’il existe deux niveaux d’intention. Comme je l’ai dit, ici et maintenant, dans votre situation actuelle, une partie de votre esprit, votre mental inférieur, ce qu’on pourrait appeler l’ego, a pour intention de maintenir votre équilibre, de ne pas être perturbés, de ne pas vous sentir menacés. Vous cherchez à refouler vos sentiments, vos pensées et l’image que vous avez de vous-mêmes. C’est le rôle de cette partie de l’esprit. C’est comme un programme informatique incapable de faire autre chose. Ce n’est pas votre intention la plus élevée. Votre intention la plus élevée est celle inscrite dans votre plan de vie, où vous souhaitiez dépasser certains de ces schémas, voire tous ceux qui subsistent. Une fois que vous en prenez conscience, il ne s’agit pas de vous forcer à abandonner votre intention inférieure pour accepter votre intention supérieure. Il s’agit de vous reconnecter à votre intention supérieure. Vous réalisez que le Soi que vous êtes porte en lui une intention supérieure. Voilà votre intention.

L’intention de refouler et d’éviter quelque chose n’est pas la vôtre, mais celle de l’ego, du moi extérieur. Avec le temps, vous pouvez progressivement y réfléchir. Qui êtes-vous ? Quel est le « vous » qui a une intention plus élevée et quel est le « vous » qui a une intention plus basse ?

C’est là que vous pouvez tirer profit de questions que la plupart des gens sont incapables de formuler. Par exemple, qui êtes-vous en ce moment, qui recevez cet enseignement ? Il s’agit d’un enseignement spirituel. Son but est de vous aider à élever votre niveau de conscience. Qui est le « vous » qui le reçoit ?

Vous pouvez aussi vous demander qui est le « vous » qui résiste à cet enseignement. Vous vous rendez peut-être compte qu’un effort intérieur vous pousse à y résister. Cet effort consiste à utiliser vos connaissances et croyances actuelles pour évaluer cet enseignement, cherchant un prétexte, une raison quelconque, une excuse pour le rejeter. Nombreux sont ceux qui, face à un enseignement spirituel, ont trouvé un détail qui contredisait leurs croyances et en ont conclu : « Cet enseignement est entièrement faux. »

Qui est le « vous » qui étudie l’enseignement et qui est le « vous » qui tente de le rejeter ? Autrement dit, qui est le « vous » ouvert et qui est celui qui veut vous fermer l’esprit ? Le « vous » ouvert est votre véritable nature. Tandis que le « vous » qui résiste, qui veut vous fermer l’esprit, est le mental extérieur, l’ego qui souhaite vous maintenir dans l’illusion. Cet ego repose tout entier sur l’illusion. Il est né de l’illusion, mais il veut vous y maintenir. Qui êtes-vous vraiment ? Vous pouvez commencer par rechercher une compréhension intellectuelle de cela, mais en réalité, tout se résume à une expérience. Alors, participez à un exercice simple.

Certains d’entre vous le savent déjà, mais ce sera nouveau pour d’autres. Prenez conscience que vous êtes assis ici, absorbés par cet enseignement. Prenez conscience que vous êtes probablement assis sur une chaise et, par conséquent, sortez mentalement de vous-mêmes, de votre propre esprit, et visualisez, imaginez que vous vous tenez maintenant derrière votre chaise, observant votre corps assis dessus. Réalisez maintenant que vous êtes assis dans une pièce précise, mais qu’il y a quelque chose à l’extérieur de cette pièce. Prenez encore du recul mentalement jusqu’à voir la pièce dans son ensemble. Vous voyez votre corps assis sur la chaise dans cette pièce. Il est fort probable que cette pièce se trouve dans un bâtiment. Prenez encore du recul, visualisez, imaginez le bâtiment entier, la pièce à l’intérieur, votre corps assis sur une chaise dans cette pièce. Vous pouvez maintenant prendre encore plus de recul et observer l’environnement extérieur au bâtiment : le bâtiment, la pièce, la chaise, et ainsi de suite. Vous pouvez reculer encore et encore, observer la Terre entière, observer la Terre depuis l’espace, observer le système solaire, observer la galaxie, tout en gardant ce point de vue vers l’endroit où votre corps est assis sur cette chaise.

C’est un exercice simple, mais certaines personnes n’y parviendront pas, tandis que d’autres trouveront assez facile au moins d’imaginer et de visualiser ce recul. La question est maintenant : quelle est cette part de vous qui est capable de prendre du recul ? Quelle est la capacité, en vous, de vous détacher de votre corps physique ?

Le « vous » qui est plus que le corps et l’esprit extérieur
La grande majorité des êtres humains sont tellement identifiés à leur corps physique qu’ils ne peuvent même pas imaginer s’en extraire et l’observer. Si vous en étiez capables, cela signifierait que vous n’êtes pas aussi identifiés à votre corps que la plupart des gens. Cela signifie qu’il existe un « vous » qui n’est pas votre corps ; sinon, comment pourriez-vous vous en détacher mentalement ? Vous n’êtes pas, comme le prétendent les matérialistes, un produit des processus électrochimiques de votre cerveau. En tant qu’être spirituel, vous acceptez déjà que vous n’êtes pas votre corps physique. Vous pouvez alors contempler que vous n’êtes pas votre corps émotionnel, vous n’êtes pas vos sentiments, vous n’êtes pas vos pensées, vous n’êtes même pas votre sentiment d’identité lié à la Terre. Alors, qui êtes-vous ? Que représentez-vous ?

En y réfléchissant, vous finirez par comprendre qu’en vous détachant mentalement de votre corps physique, vous pouvez vous détacher de vos émotions, de vos pensées et de votre identité, et réaliser que vous êtes comme un acteur. Vous entrez dans un théâtre, vous enfilez un costume, vous vous maquillez, vous adoptez même une voix, une façon de parler, une personnalité, et soudain, vous montez sur scène et jouez un rôle totalement différent de celui que vous êtes dans la vie de tous les jours. Vos quatre corps sont comme un costume que vous avez revêtu. Qu’est-ce donc que le « vous » ? Le « vous » est l’essence même de votre être.

Je sais que votre esprit est en pleine effervescence, car il cherche toujours à vous définir, à vous étiqueter, à vous nommer, à vous attribuer des caractéristiques pour comprendre qui vous êtes. Voyez-vous, votre identité terrestre – votre mental, vos sentiments et votre corps physique – possède des caractéristiques que les mots et les images mentales que vous utilisez sur Terre peuvent décrire. Mais votre véritable essence transcende cela ; elle dépasse la somme de vos corps physiques et, par conséquent, ne peut être décrite par les mots et les images mentales terrestres.

Votre mental extérieur ne peut appréhender votre véritable nature et se rebelle probablement contre cette idée, cherchant désespérément à la saisir, à la nommer, à la catégoriser. Il pourrait arguer qu’il est absurde de parler de quelque chose de réel mais dépourvu de caractéristiques descriptibles. Quel est le but d’un enseignement spirituel ? C’est de vous aider à élever votre conscience. Et comment y parvenir ? En transcendant votre niveau de conscience actuel. Quel est ce niveau ? Il correspond au contenu de vos corps identitaire, mental et émotionnel. C’est ce qui vous donne un moi extérieur, un sens extérieur de qui vous êtes et de votre relation à votre environnement.

Actuellement, vous possédez un certain niveau de conscience. Lorsque je vous présente l’idée qu’une partie de votre être se situe au-delà de ce niveau, votre esprit cherche à utiliser votre niveau de conscience actuel pour appréhender, catégoriser, étiqueter, décrire cette partie de votre être. Certains chercheurs spirituels ont consacré des décennies à tenter de comprendre intellectuellement, avec le mental linéaire extérieur, les concepts spirituels. Certains ont même essayé de comprendre cette idée qu’il existe en vous une partie qui transcende le mental extérieur, mais cela reste inaccessible avec votre niveau de conscience actuel. Vous pouvez y réfléchir, et si vous parvenez à vous détacher de votre vision actuelle de la vie, vous pourrez vivre ce que l’on appelle souvent une expérience mystique.

Cette prétendue expérience mystique n’a rien de mystique. Elle repose sur le fait qu’il existe un « soi » qu’on peut appeler le Soi conscient. Il existe un « soi »» qui, à un moment donné, a investi votre corps physique et vos corps émotionnel, mental et identitaire. Il est venu de l’extérieur, il s’y est incarné et utilise ces quatre corps comme véhicule pour interagir avec votre environnement terrestre. Il n’est pas produit par les corps. Il les a revêtus et d’une certaine manière, il a même produit les corps identitaire, mental et émotionnel dans des vies antérieures. Le simple fait qu’il soit entré dans votre esprit actuel signifie également que ce « soi » peut s’en extraire. On pourrait dire qu’en ce moment, le « soi » est conscient de lui-même comme étant constitué des quatre corps inférieurs, mais il a la capacité de s’en extraire et de prendre conscience de lui-même comme étant au-delà des corps, au-delà de l’esprit. C’est le fondement de toute croissance de la conscience.

Si vous préférez une perspective linéaire, vous pouvez comparer ce chemin à un escalier dont les marches sont distinctes. Vous vous trouvez actuellement sur une marche. Comment pouvez-vous accéder à la suivante ? Qui s’élève ? Ce ne sont pas vos corps émotionnel, mental et identitaire. Ce n’est pas votre sens actuel de vous-mêmes, de qui vous êtes, qui s’élève, car votre moi actuel est lié à la marche sur laquelle vous êtes. Qu’est-ce qui s’élève ? C’est le Soi.

L’introspection est au cœur du chemin spirituel
Cela se produit lorsqu’on s’observe soi-même, par exemple lorsqu’on analyse un schéma de réaction. On constate une tendance à réagir d’une certaine manière dans certaines situations. Au lieu de penser que c’est la seule façon de réagir, ou que c’est la bonne façon de réagir, on en arrive à se demander : « Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? » Je ne souhaite pas me mettre en colère quand quelqu’un ne fait pas ce que je veux. Je ne veux pas ressentir cette colère. Comment puis-je m’en libérer si je pense que c’est la seule façon de réagir ? Voyons cela de plus près, voyons ce qui se cache derrière. Pourquoi est-ce que je pense que c’est la seule façon de réagir ?

Vous pouvez alors réaliser que les autres ne réagissent pas tous de la même manière face à des situations similaires ; il existe d’autres façons de réagir. En effet, le Bouddha a dit qu’il y a toujours une autre façon de réagir, fondée sur le détachement. Autrement dit, vous n’êtes pas prisonniers d’un schéma qui vous pousse à réagir d’une certaine manière. Vous pouvez alors prendre conscience de cela et comprendre qu’il s’agissait d’une illusion vous faisant croire que c’était la seule façon de réagir. Lorsque vous percevez cette illusion, lorsque vous comprenez qu’elle vous limite, qu’elle vous retient, alors vous l’abandonnez spontanément.

Il existe une vieille histoire, souvent racontée par des maîtres spirituels, selon laquelle si vous saisissez quelque chose dans l’obscurité en pensant qu’il s’agit d’une corde, vous pourriez vous y accrocher. Mais si la lumière s’allume et que vous découvrez qu’il s’agit d’un serpent, vous n’avez nul besoin d’une analyse intellectuelle complexe et interminable. Il vous suffit d’ouvrir spontanément la main et de le lâcher. Il en va de même ici. Lorsque vous comprenez que ce que vous considériez comme la seule réaction possible, ou comme la vérité, n’est en réalité qu’une illusion, vous vous en libérez spontanément et accédez ainsi à un niveau supérieur. Bien sûr, vous emportez avec vous les illusions restantes dans vos trois corps. En examinant l’illusion suivante et en vous en libérant, vous progressez au niveau suivant, et c’est ainsi que vous avancez graduellement sur le chemin. Mais cela n’est possible que pour le Soi conscient qui n’est pas le mental, car le mental est incapable de se regarder lui-même.

Les ordinateurs ne deviendront jamais conscients d’eux-mêmes
Dans les milieux scientifiques, un mouvement important se développe autour de la création de ce qu’ils appellent l’intelligence artificielle. De nombreux spécialistes du comportement, par exemple, ont constaté que les réactions humaines sont presque comparables à celles d’un ordinateur, et c’est effectivement le cas pour la plupart des gens. Face à une situation donnée, ils réagiront de la même manière que lors des dix dernières confrontations. La raison en est, comme je l’ai expliqué, la présence de schémas dans leur subconscient. Ces schémas restent généralement latents, mais lorsqu’une situation particulière se présente, ils s’activent et prennent le contrôle de leurs réactions. Votre subconscient est véritablement comparable à un ordinateur à bien des égards. Il contient des programmes qui, lorsqu’ils sont activés, contrôlent vos réactions. Vous réagissez d’une certaine manière que vous regretterez peut-être plus tard, mais vous vous dîtes : « C’était la seule façon possible de réagir. »

L’erreur des spécialistes de l’intelligence artificielle réside dans la croyance qu’il n’existe pas d’autre façon de réagir pour un être humain. Un être humain a la capacité de modifier consciemment et délibérément ses comportements. Ainsi, même si vous avez réagi de la même manière une centaine de fois, vous pouvez soudainement choisir de ne pas réagir de la même façon dans la situation suivante. Un ordinateur en est incapable. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas conscience de lui-même. Il n’a pas de « Soi » conscient. Le « Soi » dont je parle est celui qui peut prendre conscience de lui-même. Il prend conscience de lui-même au départ, mais aussi du fait qu’il n’est pas le « moi » extérieur. C’est pourquoi vous (en tant qu’être humain, et tous les êtres humains) avez la capacité de modifier consciemment et délibérément vos réactions et vos actions. Vous pouvez choisir une réaction différente de celle que vous avez eue par le passé. Auparavant, vous avez peut-être réagi en fonction d’un programme, sans vraiment faire de choix. Certes, vous avez fait un choix dans un passé lointain, lors de la création du programme, mais lorsque celui-ci se déclenche, ce choix est inconscient. C’est précisément pourquoi certains scientifiques ont découvert qu’une réaction se produit dans le cerveau avant même que l’on fasse un choix conscient dans une situation donnée. En effet, un programme subconscient a déjà effectué ce choix avant même que l’on en prenne conscience.

L’enjeu principal ici est votre potentiel à devenir conscient de soi et à accéder à des niveaux de conscience supérieurs, à votre véritable nature. Vous n’êtes pas vos réactions, vos sentiments, vos pensées, ni votre identité extérieure. Vous êtes ce que certains appellent un être spirituel. Vous venez d’au-delà de cet environnement que vous nommez Terre. En un sens, le Noble sentier octuple, quel que soit le nom que vous donnez à ce chemin spirituel, est un processus de prise de conscience progressive. Votre être véritable devient de plus en plus conscient de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas.

Pas d’illumination instantanée
Votre mental extérieur vous dira à nouveau : « Alors pourquoi ne pas me révéler le niveau ultime de conscience de soi, le secret absolu de la conscience de soi, afin que je puisse sauter toutes ces étapes et accéder au Nirvana immédiatement ? Je pourrais atteindre l’illumination instantanément. » Voyez-vous, c’est impossible. L’illumination instantanée n’existe pas, et la raison est très simple. Votre être profond n’est pas venu sur Terre à l’origine pour atteindre l’illumination. Vous êtes venus sur Terre pour vivre certaines expériences susceptibles de faciliter votre cheminement vers l’illumination. Vous n’êtes pas venus sur Terre simplement pour pouvoir la quitter un jour, mais pour vivre certaines expériences. Afin de vivre ces expériences, votre être profond a dû créer du contenu dans son esprit identitaire, puis dans son esprit mental, et enfin dans son esprit émotionnel. Ce sont ces concepts qui ont défini les paramètres des expériences que vous avez vécues sur Terre. Le but était de vivre le type d’expériences possibles sur Terre jusqu’à ce que vous en ayez assez et que vous aspiriez à quelque chose de plus.

C’est alors que vous êtes prêts à emprunter le chemin. Jusque-là, vous vivez les expériences possibles sur Terre, c’est-à-dire que vous êtes un être séparé dans un monde peuplé d’autres êtres séparés, et que vous luttez contre eux. Vous pourriez vous dire consciemment : « Je n’ai jamais désiré ce genre de lutte. Ce n’est pas pour cela que je suis venu sur Terre. » En réalité, si. En prenant du recul par rapport à votre expérience actuelle, vous réalisez que c’est la raison de votre venue sur Terre. Vous aviez peut-être d’autres raisons, d’autres motivations, d’autres intentions, mais c’est bien pour cela que vous êtes venus : vivre les expériences possibles sur Terre. Après de nombreuses vies passées à vivre ce genre d’expériences, vous arrivez un moment où vous en avez assez et où vous aspirez à autre chose. C’est alors que vous vous ouvrez au chemin spirituel, quelle que soit la manière dont vous le comprenez.

Le but du chemin spirituel est désormais de vous aider à prendre progressivement conscience du contenu dont vous êtes imprégnés de vos esprits émotionnel, mental et identitaire, et à vous en défaire peu à peu afin de réduire progressivement leur poids. Vous gagnerez ainsi en liberté. L’éveil survient lorsque votre esprit est libéré de toute illusion fondée sur la dualité et la séparation. Vous avez surmonté l’illusion d’être un être séparé et de pouvoir justifier vos actions par une quelconque polarité dualiste. C’est alors que vous atteignez l’éveil. On peut dire qu’en progressant vers l’éveil, vous retirez de votre esprit une illusion après l’autre, vous la laissez partir, jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune illusion dualiste et de séparation.

Perdre votre personnalité
Certains objecteront et se demanderont : « Cela signifie-t-il que je n’ai plus d’opinions, de croyances, de théories sur la vie, de schémas émotionnels ? Cela signifie-t-il que je n’ai plus de personnalité, ni d’identité ? » Oui, c’est exactement cela. Vous n’avez plus de personnalité ni d’identité telles que définies sur Terre, fondées sur les illusions de maya, les illusions de séparation et de dualité. Vous perdez ce que la plupart des gens considèrent comme leur personnalité et leur identité. Cela ne signifie pas que vous devenez un moins que rien, car vous possédez une individualité dans votre être supérieur que vous pouvez alors commencer à exprimer sur Terre. Cela signifie que vous perdez ce que nous pourrions appeler l’individualité, la personnalité et l’identité humaines. Si vous êtes ouverts à un enseignement spirituel, c’était là votre intention profonde avant d’établir votre plan de vie.

Cela signifie que lorsque vous examinez votre vie et vos activités, vous n’avez pas besoin, comme beaucoup de bouddhistes, de réévaluer vos intentions, qu’elles soient justes ou mauvaises. Vous n’avez pas besoin de vous forcer à ne pas avoir de mauvaises intentions. Vous pouvez plutôt vous demander : « Quel est mon plan de vie concernant un aspect précis de ma vie en ce moment ? » Supposons que vous ayez le désir de vivre un certain type d’expérience. Il existe une multitude de possibilités, mais pour beaucoup, il s’agit d’une relation personnelle et du désir d’avoir des relations sexuelles avec une autre personne. C’est un désir très courant, même chez les personnes spirituelles.

Il existe de nombreux malentendus à ce sujet parmi les personnes spirituelles. On rencontre encore beaucoup de bouddhistes qui, s’appuyant sur les enseignements, affirment : « Toute activité non spirituelle est mauvaise et je dois l’éviter. » Il y a une autre perspective à considérer. Imaginons que vous établissiez votre projet de vie, avec une vision plus large qu’actuellement. Vous réalisez que vous désirez toujours vivre une relation personnelle, voire une relation physique. Vous décidez de vous mettre dans une situation où vous pourrez rencontrer quelqu’un et vivre ce type de relation. Quel mal y aurait-il à vivre cette expérience, si vous estimez qu’elle est nécessaire pendant un certain temps pour vous en libérer et vous permettre de vous concentrer sur d’autres expériences importantes pour le reste de votre vie ? Où est le problème ?

Cela fait partie de votre plan de vie, qui vous mènera vers des niveaux de conscience supérieurs. Au lieu de refouler une expérience, plongez-vous dedans jusqu’à en être pleinement imprégnés, puis évaluez-la. Il ne s’agit pas forcément de renoncer à la situation, mais d’atteindre un stade où vous êtes libérés de tout désir compulsif. L’activité sexuelle n’a rien d’intrinsèquement contraire à la spiritualité, mais si vous y êtes attachés, si elle devient obsessionnelle, elle peut bien sûr freiner votre évolution vers des niveaux de conscience supérieurs. Si vous parvenez à vous libérer de cet attachement, de cette compulsion, de cette illusion d’en avoir besoin pour vous sentir complets, vous pouvez alors choisir d’y mettre fin ou de la poursuivre différemment, sans cet attachement. Dans les deux cas, cela favorise votre développement spirituel.

Voyez-vous, encore une fois, quel est votre but ultime ? Est-ce de dissiper les illusions, le voile de votre esprit ? Ou bien d’utiliser un enseignement spirituel pour masquer ces illusions et ainsi, au niveau conscient, faire comme si vous ne les ressentiez pas ? Vous pouvez dire : « Je comprends cet enseignement spirituel très avancé et j’ai consacré d’innombrables heures à la pratique de ces arts spirituels ; par conséquent, je suis au-delà de ce désir, de cette intention. » Mais vous ne faites que faire semblant. Vous masquez le désir, et cela ne vous permettra pas de progresser sur le chemin spirituel.

Reconsidérer vos intentions
L’étape suivante sur le Noble sentier octuple est de reconsidérer vos intentions. Votre intention ultime est de vous libérer de la Terre, mais vous ne pouvez pas vous forcer. Si vous réprimez un désir, vous devrez vous réincarner pour atteindre le point où vous pourrez consciemment vous en détacher. Nombre de personnes spirituelles se sont imposées une vie monastique où elles devaient réprimer leurs désirs sexuels. Elles ont peut-être pu vivre ainsi toute une vie, voire plusieurs, mais il arrive un moment où, hors de leur corps, elles réalisent qu’elles ne se sont pas libérées du désir, mais seulement qu’elles l’ont réprimé. Elles devront alors revenir, vivre l’expérience (quelle qu’elle soit) jusqu’à pouvoir consciemment et volontairement se détacher du désir : « J’en ai assez de cette expérience. » Cela ne peut être forcé, et malheureusement, beaucoup de personnes se sont servies d’un enseignement spirituel pour créer cette idée qu’il faut se contraindre. Si vous souhaitez réellement progresser spirituellement, votre intention doit être de vous libérer de vos attachements, de vos schémas de pensée et de comportement, et de surmonter vos corps émotionnel, mental et identitaire. Telle doit être votre intention première. Lorsque vous atteindrez ce niveau et en prendrez conscience, vous pourrez alors évaluer toutes vos autres intentions.

Encore une fois, il faut bien gagner sa vie pour se nourrir et rester en vie. On a peut-être des obligations envers sa famille et autrui. Comment concilier une vie spirituelle, consciente de cet enseignement, avec une vie de famille normale ? On ne peut y parvenir qu’en comprenant que toute activité (ou presque) peut favoriser l’éveil de la conscience. L’idée qu’il faille renoncer à la vie en société et se retirer dans un monastère pour progresser spirituellement n’est pas une vérité universelle. Certaines personnes peuvent devoir le faire pour une ou plusieurs incarnations, mais ce n’est certainement pas le cas pour tout le monde. En réalité, à notre époque, il est plus important que jamais de suivre le chemin spirituel tout en menant une vie active au sein de la société. C’est ainsi que davantage de personnes qu’auparavant peuvent être inspirées à s’ouvrir à cette voie, en constatant qu’il n’est pas nécessaire de renoncer à une existence normale et de se retirer dans un monastère pour être spirituel.

Nous vivons à une époque où de nombreuses personnes se sont portées volontaires pour s’incarner, afin de démontrer qu’il est possible de trouver un équilibre entre l’existence matérielle et la croissance spirituelle, l’éveil de la conscience. Aujourd’hui, j’affirme que c’est plus important que jamais compte tenu du contexte actuel, mais cela ne signifie pas que cela n’était pas important par le passé. Pourquoi, à votre avis, l’ai-je appelé la Voie du milieu ? Il s’agit là encore d’une traduction malheureuse d’un concept plus complexe. Néanmoins, la Voie du milieu n’est ni l’ascétisme extrême que j’ai pratiqué dans ma jeunesse, ni l’existence matérielle aveugle que la plupart des gens adoptent. Elle transcende ces deux extrêmes, permettant de mener une vie active en société, avec des obligations familiales, tout en poursuivant un chemin spirituel, car l’intention est d’utiliser ses activités terrestres pour favoriser l’éveil de la conscience.

Comment y parvenir ? En partie en observant vos réactions face aux situations du monde. En partie en prenant conscience que vous pouvez inspirer les autres par votre exemple. Que se passe-t-il lorsque des personnes se retirent de la société, deviennent moines et nonnes et vivent dans un monastère ? Elles échappent à de nombreuses pressions du quotidien qui déclenchent leurs réactions habituelles. Elles vivent dans un environnement contrôlé où, une fois les règles acceptées, peu de choses sont susceptibles de déclencher leurs réactions. Elles peuvent se persuader qu’elles n’ont plus ces réactions, qu’en choisissant une situation qui ne les active pas, elles les ont surmontées. Mais ce n’est pas le cas. Vous ne faites que les refouler.

La vraie signification de la Voie du milieu
Le concept même de la Voie du milieu repose sur le refus de définir le chemin spirituel en termes de deux polarités dualistes, où l’on est soit entièrement ancré dans le monde, soit contraint de s’en retirer pour être spirituel. Il existe une alternative à cette vision binaire, à ce choix entre l’un ou l’autre. On peut concilier spiritualité et vie active en société. C’est là le sens profond de l’intention supérieure, et soudain, tout se nuance. On acquiert une perspective nouvelle sur chaque aspect de sa vie. On peut alors reconsidérer ce qui a longtemps constitué un obstacle majeur pour les personnes spirituelles : la distinction entre activités spirituelles et activités non spirituelles, voire anti-spirituelles. J’y reviendrai plus en détail lorsque j’aborderai la question de l’action supérieure. Mais il est essentiel, dès lors, de surmonter cette vision dualiste du chemin spirituel lorsqu’on réfléchit à ses intentions.

L’un des enseignements fondamentaux du bouddhisme est que toute chose est nature de Bouddha. Or, les êtres humains ne perçoivent pas cette nature de Bouddha. Pourquoi ? Parce que leur esprit est aveuglé par le voile de maya. Mais de quoi est constitué ce voile ? De cette conscience dualiste qui crée sans cesse deux polarités opposées, comme le noir et le blanc, impliquant un jugement de valeur et déclarant que certaines activités ne sont pas spirituelles et d’autres le sont. Si toute chose est nature de Bouddha, quel sens y a-t-il à dire : « Ceci est spirituel, ceci ne l’est pas » ? N’est-il pas plus pertinent de comprendre que le véritable but du chemin est de transcender l’illusion ? L’illusion masque la nature de Bouddha présente en toute chose. Ainsi, le véritable but du chemin n’est pas de définir ce qui est spirituel et ce qui ne l’est pas, d’éviter ce qui ne l’est pas et de se concentrer sur le spirituel.

Le véritable but du chemin spirituel, la Voie du milieu, est de comprendre que la plupart des activités terrestres peuvent favoriser l’éveil de la conscience lorsqu’on les aborde avec l’intention de grandir en conscience, l’intention de s’observer soi-même, ses réactions, ses illusions. C’est alors qu’une activité devient spirituelle. Affirmer qu’une activité n’est pas spirituelle et que, par conséquent, y participer, comme fonder une famille, nuira à votre développement spirituel, témoigne d’une compréhension superficielle du chemin. Bien sûr, certaines activités n’éveilleront pas votre conscience car elles vous maintiennent encore plus prisonnier du voile de maya, mais toute activité peut en réalité vous aider à discerner les illusions qui la sous-tendent. Je ne dis pas pour autant que tuer favorisera votre éveil, mais prendre conscience des illusions qui se cachent derrière le meurtre peut, en réalité, le favoriser.

Encore une fois, l’esprit dualiste cherche toujours à créer des distinctions et des séparations pour établir une polarité, mais le chemin du Noble sentier octuple consiste à voir au-delà du voile de maya afin de percevoir que toute chose est nature de Bouddha. La nature de Bouddha est présente en toute chose. Le véritable but est donc de parvenir à cette perception, et non d’identifier telle chose ou telle activité comme spirituelle et telle autre non. Qu’est-ce qui vous aide à voir la nature de Bouddha derrière le voile de maya ? Si quelque chose vous y aide, comment pourrait-il ne pas être spirituel ? Si quelque chose vous enchaîne aux illusions dualistes, même en utilisant un enseignement spirituel pour renforcer ces illusions, comment cela pourrait-il être spirituel ?

Voilà, je vous ai livré ce que je souhaitais vous offrir dans ce discours. Un véritable séisme a secoué la conscience collective, réveillant nombre de démons de Mara qui grognent et hurlent, tentant de vous faire refouler ces pulsions et de vous replonger dans le cycle infernal du samsara.

Vous qui êtes réceptifs à ces enseignements, vous pouvez éviter cela en les transformant en la barque de la prajna, mais vous ne pouvez y parvenir qu’en vous efforçant d’atteindre toujours un niveau d’intention supérieur à celui que vous avez actuellement. J’ai accompli mon intention en vous transmettant cet enseignement. J’espère qu’il pourra vous aider à accomplir la vôtre pour cette incarnation.

Copyright 2023 Kim Michaels
© Noël Wan pour la traduction française, 19/05/2026

Dictée suivante
Dictée précédente