Message dicté par Gautama Bouddha à travers Kim Michaels, le 8 janvier 2023 lors du webinaire du nouvel an 2023 « Être une personne spirituelle dans un monde chaotique ». (8/9)
JE SUIS le Maître ascensionné Gautama Bouddha. Notre étape suivante sur le Noble sentier octuple est celle de la pleine conscience (mindfulness). Considérez le mot « pleine conscience ». De quoi le mental est-il rempli ? Sur le Noble sentier octuple, il arrive un moment où il faut commencer à se demander : « Qu’est-ce qui occupe mon mental ? Qu’y a-t-il dans mon mental ? » Il s’agit, bien sûr, comme je l’ai déjà expliqué, de ces moi séparés, de ces schémas de réaction, de ces programmes subconscients. Quel est l’effet global de tous ces programmes, des moi séparés et de l’ego ?
L’ego et les moi séparés sont nés de l’illusion de séparation. Imaginez l’océan par une journée de grand vent : il y a de nombreuses vagues. Imaginez maintenant que vous construisiez une grue capable d’atteindre le large. Cette grue est munie d’une pince ou d’une pelle à son extrémité, et vous essayez d’attraper une vague en particulier et de la sortir de l’océan. Y parviendriez-vous ? Vous pourriez peut-être retirer un seau d’eau, mais aussitôt une autre vague se formerait et votre seau ne serait plus une vague, mais simplement un seau d’eau. Pourriez-vous séparer une vague de l’océan ?
De même, tout dans le monde des formes est constitué d’une substance informe. Cette substance informe prend une forme particulière, mais cela ne la modifie pas. La nature de Bouddha demeure la nature de Bouddha, tout comme l’océan demeure l’océan, qu’il soit agité ou calme. Une fois que la substance informe a pris forme, les formes existent, elles ont une existence temporaire, mais elles n’ont pas d’existence séparée.
Les limites des sens physiques
Pour vous donner un exemple visuel, prenez la Terre et tous les phénomènes physiques qui nous entourent. Il y a des maisons, des arbres, des montagnes, des lacs, des océans, etc., mais tout cela est constitué de particules subatomiques qui n’ont pas de forme propre. Si vous regardez un arbre, vous constaterez qu’il est très différent d’une roche, mais tous deux sont composés de particules subatomiques. Ils contiennent des particules subatomiques, et par conséquent, on ne peut pas dire qu’un arbre soit séparé de ces particules. Il est constitué de particules subatomiques qui ont acquis une forme particulière.
Bien sûr, vous ne pouvez pas percevoir cela avec vos sens ni avec votre esprit conscient. Vous pouvez le déduire par la raison, le ressentir intuitivement, mais il existe un niveau de conscience qui ne perçoit rien au-delà des apparences, des formes. Je ne dis pas que c’est faux. Vos sens physiques sont conçus pour détecter l’énergie dans un certain spectre de fréquences, celui-là même qui constitue votre corps physique. Ils sont des extensions de votre corps et sont là pour le servir dans ses interactions avec le monde matériel. Le corps n’est qu’une forme, mais il est aussi composé de particules subatomiques.
Ces sens physiques et leurs limitations constituent le fondement, du moins le fondement originel, de l’illusion de séparation chez l’être humain. J’ai dit qu’il en est le fondement, mais non la cause. La cause de la séparation réside dans une série de choix que font les individus, par lesquels ils acceptent progressivement les illusions de maya et créent ces multiples moi séparés qui sont créés à partir de l’illusion de séparation. Lorsque le Soi conscient pénètre dans le mental rempli de ces moi séparés, vous percevez tout à travers eux. Vous vous voyez, vous expérimentez tout à travers ces moi séparés, et au fil des vies, vous pouvez même oublier avoir jamais été un être connecté. Vous faites désormais l’expérience d’être un être séparé, mais êtes-vous devenus séparés du simple fait de vous percevoir comme tel ?
Eh bien, c’est précisément ce que vous allez remettre en question à un certain niveau du Noble sentier octuple. Vous commencez à interroger votre perception du monde qui vous entoure, votre perception de vous-mêmes. On peut dire que le commencement d’une pleine conscience supérieure réside dans le fait de commencer à questionner ses perceptions, ses pensées extérieures, son identité, voire sa vision du monde dans son ensemble.
Vous savez que vos sens peuvent facilement être trompés par les apparences. Vous avez tous déjà vu des illusions d’optique et vous savez qu’il existe quelque chose au-delà de ce que vos sens peuvent percevoir. Il y a les atomes, les molécules et les particules subatomiques. Vous savez que les sens ne sont pas fiables. Ce qui est vraiment trompeur, ce sont les individualités qui non seulement s’approprient les sens, mais y superposent une conception idéologique selon laquelle ce que vos sens perçoivent sont en réalité des choses séparées.
Si l’on considère uniquement la perception sensorielle, on constate que les sens, en eux-mêmes, ne portent aucun jugement sur ce qu’ils voient. Leur rôle est de distinguer et de différencier les objets à l’échelle macroscopique. Voici un cheval. Il n’est pas dangereux. Voici un lion. Il pourrait l’être. Tel est le rôle des sens. Leur but est de discerner ou de différencier les éléments liés à notre survie et à notre sécurité physiques – ce que nous pouvons et voulons faire dans le monde. Les sens n’émettent aucun jugement de valeur sur ce qu’ils perçoivent.
Ils peuvent voir un lion. Ils peuvent l’identifier comme tel, mais leurs sens ne leur permettent pas de conclure à sa dangerosité. C’est leur esprit qui leur attribue cette évaluation. Même cette évaluation est neutre, voire objective. Un lion est dangereux car il pourrait attaquer leur corps et potentiellement les tuer. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur qui affirme qu’un cheval est bon et un lion mauvais. On constate ici qu’en plus des sens qui distinguent les différentes choses, objets et formes, l’esprit impose cette évaluation, ce jugement de bien et de mal. C’est l’essence même de ce que j’appelle la conscience de dualité, où l’on crée ces deux polarités.
Pensée en noir et blanc
Dans sa forme extrême, il n’existe que deux polarités, sans nuances. Il y a le bien, il y a le mal. C’est ce qu’on appelle, en logique aristotélicienne, la logique du tiers exclu. Une chose est soit ceci, soit cela, sans nuance. Or, comme je l’ai dit, il existe bien sûr une alternative : il y a deux polarités, certes, mais elles s’inscrivent dans une échelle. Il existe un juste milieu et des gradations entre les deux. Nombreux sont ceux qui adoptent ce type de jugement de valeur. Ils perçoivent le bien et le mal, mais aussi des nuances entre les deux.
De quoi est rempli votre mental ? Eh bien, il est rempli de ces différents « moi », dont beaucoup sont fondés sur ce jugement de valeur. Il faut que quelque chose soit bon ou mauvais, vrai ou faux. Quel est le but de tout cela ? Eh bien, si vous êtes un être connecté, que voyez-vous ? Que ressentez-vous ? Qu’expérimentez-vous ? Vous expérimentez que vous êtes connectés à quelque chose qui dépasse votre propre esprit, votre Soi supérieur. Vous expérimentez que vous recevez de l’énergie de ce Soi supérieur et que vous pouvez utiliser cette énergie pour créer les circonstances qui vous conviennent sur Terre.
Avant que l’humanité n’entre dans la dualité et la séparation, les conflits que nous observons aujourd’hui n’existaient pas. Les êtres humains pouvaient vivre en harmonie, sans s’opposer les uns aux autres. Ainsi, la plupart pouvaient réaliser leurs désirs sans grand effort, et certainement sans lutte. Se sentant connectés à une force supérieure, les uns aux autres et à leur environnement, ils n’avaient pas l’impression que d’autres personnes ou leur environnement s’opposaient à eux. Il n’y avait pas d’opposition.
Le début de la souffrance
Quand on est un être connecté, où est l’opposition ? On réalise qu’on est connecté à la Terre et au monde matériel, et que ce dernier nous offre volontiers les conditions désirées. Dès qu’on accède à cette conscience de séparation et qu’on s’identifie comme un être séparé, on ne ressent plus aucune connexion. Cela signifie qu’on est séparé de son environnement, des autres et d’une source supérieure d’énergie créatrice. Dès lors, on doit puiser de l’énergie dans son environnement, c’est-à-dire auprès des autres. Ils y résistent, bien sûr, et c’est le début du combat. On expérimente aussi que même le monde matériel ne nous donne pas ce que l’on veut quand on est un être séparé et il faut donc lutter pour tout.
Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que vous commencez à utiliser la force. Lorsque vous êtes connectés, vous n’avez pas besoin d’utiliser la force. Vous utilisez le processus naturel qui consiste à laisser l’énergie circuler librement dans votre esprit, à former des images mentales qui ne reposent pas sur l’illusion de séparation. Ces images mentales se superposent à l’énergie fondamentale et vous apportent ce que vous désirez. Lorsque vous entrez dans la séparation, cela devient impossible. Vous ne pouvez plus cocréer naturellement. Vous tentez alors de cocréer de manière artificielle : au lieu de laisser l’énergie prendre forme selon les principes fondamentaux, vous cherchez à la forcer. Le processus reste fondamentalement le même : vous formulez des images mentales et les projetez sur l’énergie, mais vous le faites par la force, car ces images mentales sont basées sur la séparation, sur le sentiment de séparation.
Un exemple classique de ce phénomène se trouve dans l’histoire : la plupart des sociétés ont eu tendance à se constituer une élite. Celle-ci revendiquait une forme d’autorité, comme la propriété foncière. De ce fait, le reste de la population ne possédait pas de terres. Leur seule façon de survivre était de travailler sur les terres des propriétaires terriens, mais ces derniers exigeaient une contrepartie. Ainsi, les propriétaires terriens pouvaient obtenir ce qu’ils voulaient grâce au travail physique des autres.
C’est un exemple de la façon dont certains ont réussi à obtenir ce qu’ils voulaient par la force, en exploitant autrui et en le contraignant à se soumettre à l’élite. Que se passe-t-il réellement dans votre psychologie ? Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, dès que vous entrez dans la séparation, vous ressentez une pression. Une pression écrasante, car, en tant qu’être séparé, vous ne pouvez pas réellement vous défendre contre toutes les menaces que vous percevez dans le monde. Que devez-vous faire ?
J’ai dit précédemment que vous refoulez vos sentiments et vos pensées, mais en réalité, ce processus consiste à créer un ensemble de moi séparés sous l’égide de l’ego. Le but est de construire une vision du monde qui vous présente comme étant en sécurité, supérieur et occupant une position privilégiée et protégée, à l’abri de toute menace. C’est le principe psychologique fondamental de cette conscience de séparation. Vous vous sentez menacés et vous cherchez à élaborer une vision du monde qui atténue cette menace.
La prison de la séparation
Bien sûr, on peut aussi prendre des mesures physiques. Certains de ces individus d’élite, à travers les âges, ont construit des châteaux aux épais murs de pierre pour se défendre contre les menaces extérieures. Il existe bien d’autres exemples de mesures physiques prises par l’être humain, mais toutes découlent de l’esprit, de la psychologie. Tout commence par la psychologie. Quelles que soient les mesures physiques adoptées, elles ne sont que le prolongement de cette tentative de se construire une vision du monde qui les présente comme occupant une position privilégiée, leur permettant de supporter la pression, de vivre avec et de poursuivre leur existence.
Vous vous demandez peut-être : « Quel est le problème ? » En réalité, à un certain niveau, il n’y a rien de mal à cela, car la Terre est une machine à expériences, un simulateur de réalité, où vous pouvez vivre les expériences que vous désirez aussi longtemps que vous le souhaitez, jusqu’à ce que vous en ayez assez. Si vous êtes une personne spirituelle, que vous étudiez les enseignements spirituels et que vous souhaitez suivre un chemin spirituel, alors, de toute évidence, cela ne vous suffit pas. Il ne suffit pas de créer ces images mentales qui vous rassurent, car quel est l’effet de la création d’une telle image ? Une fois que vous l’avez, vous vous sentez obligés de la défendre. Une fois que vous avez acquis une certaine position physique, vous vous sentez obligés de la défendre. Cette position physique devient certes une protection, comme un château aux murs de pierre, mais elle devient aussi une prison, car vous ne pouvez pas la quitter. Une fois cette vision du monde créée, votre esprit ne peut plus s’en affranchir. Vous devez y rester et être constamment prêt à la défendre contre toute menace potentielle.
Dans la dualité, on peut tout prouver
J’ai expliqué le concept de conscience de dualité, où deux polarités coexistent. Un aspect de cette conscience, combinée à l’esprit analytique et à l’intellect, est qu’il est possible de prouver presque n’importe quoi. On retrouve un débat ancien dans diverses cultures : « Dieu existe-t-il ? » Dans le monde moderne, ce débat oppose les croyants aux matérialistes scientifiques, ou athées. Chacun tente d’avancer des arguments : les croyants en faveur de l’existence de Dieu, les athées contre. Ils examinent les arguments de l’autre, cherchent à les réfuter et à les invalider. Que constate-t-on alors ? Au bout d’un certain temps, deux groupes distincts se forment : l’un est absolument convaincu de l’existence de Dieu, l’autre est tout aussi convaincu de sa non-existence. Pourtant, ils se basent tous deux sur les mêmes arguments.
Pourquoi un groupe de personnes, face à ces arguments, conclut-il à l’existence de Dieu, tandis qu’un autre, face aux mêmes arguments, conclut à sa non-existence ? C’est parce que chaque groupe possède une identité propre, une sorte de « moi » dont la fonction, la programmation même, est de défendre sa vision du monde. Les personnes religieuses croient en un Dieu qui contrôle en dernier ressort tout ce qui se passe sur Terre. Cette conviction les rassure, car elles pensent que leur piété les protégera et leur accordera des faveurs. Leur sentiment de sécurité repose sur l’existence de ce Dieu. Leur identité propre est donc destinée à défendre cette vision du monde et l’existence de ce Dieu. Comment y parviennent-elles ? En réprimant et en invalidant tout argument qui remet en question cette vision du monde.
Les athées ont une vision du monde où Dieu n’existe pas, car ils se sentent, et se sont sentis dans des vies antérieures, menacés par les religieux qui les ont persécutés, comme lors de l’Inquisition et des Croisades. Ils en ont déduit que la religion est l’une des plus grandes menaces au monde et ont donc forgé une vision du monde où elle n’est que superstition et subjectivité, et où Dieu n’existe pas. Selon eux, il existe des lois de la nature et, une fois ces lois connues grâce à la science, ces personnes ont le sentiment de maîtriser leur situation. Comment ont-ils construit cette vision du monde ? En créant des moi séparés qui excluent, répriment ou invalident toute preuve remettant en question leurs convictions.
Aujourd’hui, on peut observer le monde entier et constater que de nombreux autres groupes de personnes partagent exactement les mêmes convictions. Les Juifs d’Israël ont une vision du monde particulière où ils se perçoivent comme opposés aux Arabes. Les Arabes, quant à eux, ont une vision du monde où ils se perçoivent comme opposés aux Juifs. De nombreux autres groupes de personnes à travers le monde présentent une dynamique similaire.
Ce que l’on comprend en accédant à une conscience supérieure, c’est que chaque être humain a créé un moi séparé. Chacun possède une vision du monde fondamentale. Avoir une vision du monde est nécessaire pour fonctionner, mais le problème est que lorsqu’elle repose sur la séparation et la dualité, elle engendre inévitablement des conflits avec ceux qui ont une vision du monde fondée sur la polarité dualiste opposée.
Prenons l’exemple des croisades entre musulmans et chrétiens. Tous deux affirmaient vénérer le même dieu, celui décrit dans l’Ancien Testament, et pourtant, ils étaient en guerre. Les chrétiens se considéraient comme le bien, tandis que les musulmans représentaient le mal. Les musulmans, quant à eux, étaient convaincus du contraire. Il est évident qu’ils ne pouvaient avoir raison tous les deux. Et si aucun des deux n’avait raison ? Et s’ils partageaient une vision du monde subjective et dualiste, ayant érigé une polarité dualiste en supériorité, ce qui les plaçait dans un conflit existentiel avec la polarité dualiste opposée ?
En d’autres termes, le christianisme et l’islam ont été placés sur une échelle dualiste où ils représentaient deux extrêmes. Les chrétiens pouvaient affirmer : « Notre extrême est bon, l’extrême islamique est mauvais. » Les musulmans pouvaient dire le contraire. C’est ainsi que fonctionne la dualité. On prend un extrême relatif et on l’élève au rang d’absolu, le rendant non relatif : « Voici la vérité absolue. Nous, les chrétiens, détenons la vérité absolue. Les musulmans sont dans l’erreur absolue ; par conséquent, il est justifié de les tuer, même si notre religion contient le commandement Tu ne tueras point. » C’est ainsi qu’on invalide un commandement et qu’on justifie sa transgression, ce qui est évidemment relativiste, mais que l’on prétend fondé sur une vérité supérieure.
Huit milliards d’univers
C’est ainsi que se forgent ces visions du monde, et vous pouvez le comprendre en tant qu’étudiant spirituel lorsque vous atteignez les niveaux supérieurs du Noble sentier octuple. Vous en prenez conscience et, par conséquent, il est essentiel de cesser de focaliser votre esprit sur les actions d’autrui, pour réaliser que vous agissez vous-mêmes de la même manière, car chacun agit ainsi jusqu’à ce que son esprit se libère de l’illusion de séparation des moi séparés. Il ne peut en être autrement. Il n’y a aucun mystère. C’est ce que tout le monde fait. Avant d’atteindre les niveaux supérieurs de conscience, lorsque j’étais incarné, j’agissais de même. Je l’ai également fait dans des vies antérieures, même si de nombreux bouddhistes nient le fait que j’ai eu des vies antérieures.
On arrive à un point où l’on se dit : « Je comprends ce qui se passe dans le monde. Je vois la dynamique qui sous-tend la vision du monde de chacun. » En réalité, les huit milliards d’êtres humains sur Terre possèdent chacun une vision du monde individuelle. Il existe de nombreux groupes de personnes partageant des visions du monde similaires et qui, de ce fait, peuvent s’identifier comme appartenant à un groupe, mais chaque individu a une vision du monde légèrement différente.
On pourrait même dire qu’il n’existe pas un seul univers. Il y en a huit milliards sur Terre, car chaque personne est au centre de son propre univers personnel. Chacun se perçoit comme le centre de l’univers. On peut faire un parallèle avec votre perspective physique. Vous êtes assis à un endroit précis. Votre corps occupe une position précise. Vous regardez autour de vous, d’un point de vue particulier. Vous occupez l’espace où vous vous trouvez. C’est votre espace individuel. Une autre personne peut s’asseoir près de vous et avoir une perspective similaire, mais elle ne peut pas se glisser dans votre corps et percevoir exactement la même chose. Il en va de même pour l’esprit. Vous pouvez avoir des points communs avec d’autres personnes, mais vous restez le centre de votre univers personnel.
Maintenant, si huit milliards d’êtres humains se considèrent comme le centre de l’univers, et donc comme les personnes les plus importantes au monde, faut-il s’étonner des conflits, des luttes, des souffrances et de la mer de samsara ? En tant qu’étudiant sur le chemin spirituel, vous pouvez en prendre conscience. Que faire alors ? Eh bien, si vous souhaitez progresser sur ce chemin, vous devez vous dire : « Je comprends que nous vivons tous dans notre propre univers personnel. Cet univers n’existe que dans notre esprit, mais nous agissons en fonction de notre vision du monde. Je comprends que nous avons tous tendance à défendre notre vision du monde. Je comprends que je n’ai pas le droit de contrôler celle d’autrui. Même s’il s’agit de mes enfants, de mes parents, de mes proches, je n’ai pas le droit de contrôler leurs pensées. Que puis-je faire ? En tant qu’étudiant spirituel qui commence à comprendre les enjeux du chemin spirituel, que puis-je faire ? »
Je renonce à changer les autres
La première chose à faire est de prendre du recul et de prendre une décision. Vous pouvez dire : « Je renonce à la tâche de tenter de convaincre les autres. » Vous pouvez même vous demander : « Ai-je un contrat de travail signé par une autorité qui stipule que ma mission est de convaincre les autres ? » Fouillez vos tiroirs et vos dossiers : avez-vous un tel contrat ? Si ce n’est pas le cas, demandez-vous : « Alors, pourquoi ai-je accepté cette mission ? » Vous pouvez alors utiliser cet enseignement pour réaliser que vous avez accepté cette tâche parce que votre ego pense qu’il doit convaincre les autres pour changer votre propre état d’esprit. Il pense que pour vous sentir en sécurité, vous devez convaincre les autres.
Ensuite, vous pouvez prendre encore plus de recul. Une fois que vous avez commencé à reconnaître que vous n’êtes pas l’ego, que vous n’êtes pas le mental extérieur, vous pouvez vous demander : « Mais est-ce moi qui ai assumé cette tâche, ou était-ce simplement mon ego ? » Vous pouvez alors réaliser que c’était votre ego qui l’a assumée. Ce n’était pas vous. Vous pouvez donc maintenant vous détacher de cette tâche et dire : « Ça suffit. Je vais délibérément cesser de me concentrer sur le changement de l’esprit des autres et concentrer toute mon attention sur le changement de mon propre esprit. C’est là ma seule et unique mission sur cette planète. Ma seule raison d’être est d’élever ma propre conscience, et non de changer l’esprit des autres. Il ne s’agit pas de changer mon esprit en tant que tel, mais de l’élever à des niveaux de conscience supérieurs. »
De quoi êtes-vous conscients ? Vous êtes conscients de la nécessité de transformer votre propre conscience, votre propre psyché. Comment y parvenir ? Comme je l’ai déjà expliqué, vous observez ces schémas, vous exposez ces moi et vous les laissez mourir. En vous concentrant sur cela, vous commencerez à progresser, et même à progresser rapidement. Vous pourrez alors atteindre des niveaux supérieurs de pleine conscience, où vous pourrez commencer à voir au-delà des nombreux mécanismes dans lesquels les gens sont prisonniers.
Observez les gens. Prenez, par exemple, les membres d’une même famille qui peuvent s’enliser pendant des décennies dans cette lutte où chacun cherche à changer l’autre. Ils se livrent à un jeu de domination et de manipulation. Vous pouvez vous libérer de tout cela. Vous pouvez vous libérer de cette spirale où votre attention, votre énergie, vos ressources émotionnelles, mentales et identitaires sont mobilisées dans cette quête de changement. Cela peut mener à une croissance bien plus rapide.
Le jugement constant dans l’esprit
Lorsque vous atteignez un niveau supérieur et vous libérez de ce jeu, vous pouvez passer à l’étape suivante et dire : « Je commence à comprendre le fonctionnement de l’ego, de ces moi séparés. J’ai fait l’expérience de la prise de conscience de certains d’entre eux et je les ai abandonnés. Je commence à saisir le processus. » Que se passe-t-il réellement ? L’ego et les moi séparés ont créé, comme je l’ai dit, une vision du monde particulière. Cette vision du monde repose sur la séparation, sur des polarités dualistes et sur un jugement de valeur.
Ce qui se passe constamment dans votre esprit, c’est que vous êtes un conglomérat de moi séparés qui évaluent tout ce qui se passe dans votre vie. Il ne s’agit pas seulement d’événements extérieurs. Vos différents moi surveillent, bien sûr, constamment les événements extérieurs. Ils évaluent sans cesse : « Est-ce une menace pour ma vision du monde ? » Puis, ils jugent : « Si c’est le cas, c’est mauvais et il faut le réprimer ou l’éviter ; sinon, c’est bon, alors je peux l’accepter. »
Il se passe constamment, dans votre esprit, un processus d’évaluation et de jugement des événements extérieurs. Tout ce qui arrive, qu’il s’agisse d’événements mondiaux, d’événements physiques personnels, de paroles, de lectures ou d’images télévisées, chaque impulsion extérieure est constamment évaluée par ces moi séparés. Une grande partie de ce processus se déroule en deçà de votre conscience, mais à mesure que vous progressez sur ce chemin, vous en prenez davantage conscience et vous ne pouvez ignorer certains aspects de ce processus. Vous ne pouvez ignorer comment il mobilise vos ressources et votre attention.
Au-delà des influences extérieures, un processus d’évaluation constant se déroule en vous. Sur le plan émotionnel, plusieurs moi séparés évaluent : « Que devrais-je ressentir dans cette situation ? Ce sentiment est-il conforme à ma vision spirituelle du monde ? Est-il acceptable pour une personne spirituelle de ressentir cela ? » Viennent ensuite vos pensées : « Cette pensée est-elle acceptable ? » En résumé, l’évaluation consiste à se demander : « Cette pensée menace-t-elle ma vision du monde ou la confirme-t-elle ? » Puis, au niveau identitaire, toutes ces questions persistent : « Qui suis-je ? Quelle est ma place dans le monde ? Ai-je le droit d’être ici ? Dois-je changer ? Dois-je me conformer à tel ou tel groupe ? » Toutes ces évaluations ont un but commun : « Est-ce une menace pour ma vision du monde ? La confirme-t-elle ? Est-ce bien ? Est-ce mal ? »
Encore une fois, c’est ainsi que beaucoup de gens vivent leur vie. Ils la perçoivent à travers leur propre mental, leur vision du monde, ces moi séparés. Si c’est l’expérience qu’ils recherchent, il n’y a rien de fondamentalement mauvais à cela. En tant qu’étudiant spirituel, il est important d’atteindre un stade où l’on prend conscience de cela et où l’on commence alors à se demander : « Est-ce que je souhaite que cela occupe mon esprit ? Je vois bien comment cela l’a occupé toute ma vie, mais est-ce que je veux que cela continue ainsi jusqu’à la fin de mes jours, ou est-ce que je souhaite m’élever au-dessus de cela ? » C’est alors que l’on peut commencer à utiliser les enseignements pour démasquer ces moi séparés qui jugent et évaluent constamment.
Vous pouvez aussi commencer à prendre conscience de votre vision du monde. Comment percevez-vous le monde et votre place en son sein ? Qu’est-ce qui, dans cette vision, vous donne le sentiment de pouvoir affronter la vie, d’exister et de continuer à exister dans ce monde chaotique ? Vous pouvez alors réaliser que tout repose sur ce jugement de valeur. Vous observez les phénomènes du monde – qu’il s’agisse de choses physiques, d’émotions, de pensées ou de votre identité – et vous évaluez constamment : « Est-ce bon ? Est-ce mauvais ? Est-ce juste ? Est-ce injuste ? » Sur le chemin de l’Éveil, il arrive un moment où il faut se poser la question : « Est-ce la seule façon d’envisager la vie ? Est-il possible de libérer mon esprit de cette évaluation et de ce jugement constants ? »
La souffrance est à l’intérieur de votre esprit
On peut même commencer à se poser la question : « Quelle est la cause de la souffrance ? Est-ce le monde extérieur ? La souffrance est-elle simplement une conséquence inévitable du fait que je vis dans ce monde terrible ? » Puis, on se demande : « Où se manifeste la souffrance en ce moment ? » On réalise alors que la souffrance est un état qui se déroule dans notre esprit.
Oui, il peut y avoir une condition extérieure. Vous pouvez tomber de vélo et vous casser une jambe, ce qui vous cause de la douleur. Il y a un aspect physique à cela, mais la véritable souffrance se situe dans votre esprit. C’est là que vous pouvez entamer un processus d’évaluation : « Oh, cela n’aurait pas dû arriver. C’était tellement injuste. J’ai été tellement stupide de ne pas avoir fait attention, ou c’est cette autre personne qui m’a fait sortir de la route. » Toutes ces évaluations qui vous obstruent l’esprit. Or, c’est ce processus mental qui est à l’origine de la souffrance. Les événements extérieurs ne sont que des événements extérieurs ; se casser une jambe n’est certainement pas agréable, mais cela reste un événement extérieur, et son évaluation, qu’il soit bon, mauvais, injuste ou autre, se fait dans l’esprit.
Quelles que soient les conditions physiques, la souffrance se manifeste dans l’esprit et découle de cette évaluation constante du bien et du mal, du juste et du mauvais : ceci aurait dû se produire mais ne s’est pas produit, ceci n’aurait pas dû se produire mais s’est produit, et ainsi de suite. C’est alors que l’on peut commencer à exposer ces moi séparés, et lorsqu’on les perçoit ou qu’on s’en détache, c’est alors que l’on fait l’expérience d’une connexion plus profonde avec l’esprit du Bouddha. Car dans l’esprit du Bouddha, il n’y a ni jugements de valeur ni évaluations.
C’est ce que j’ai tenté d’expliquer il y a 2 500 ans avec le concept des paires, avec le concept de dépassement de la souffrance, du détachement. C’est votre attachement aux choses qui vous fait souffrir. C’est votre attachement à cette idée que certaines choses devraient arriver et d’autres non. Lorsque les choses que vous pensez ne pas devoir arriver arrivent, vous souffrez. Lorsque vous pensez que les choses que vous souhaitiez voir arriver n’arrivent pas, vous souffrez.
Vous êtes constamment agités, insatisfaits et en proie à l’inquiétude, car vous êtes toujours tournés vers l’avenir, craignant le pire ou l’absence du meilleur. Cette tension permanente peut vous amener à entrevoir des moments où votre conscience transcende le mental extérieur et où vous vous connectez à votre Soi supérieur, vous procurant ainsi la paix. Vous en faites désormais l’expérience directe, il ne s’agit plus d’un concept théorique. Vous expérimentez qu’il existe une alternative à votre état d’esprit habituel : un état d’esprit plus paisible. C’est alors que vous pouvez commencer à vous interroger : « Qu’est-ce que je désire ? Persister dans l’agitation ou cheminer vers la paix ? » Pour progresser vers la paix, il faut certes se défaire de ces individualités, mais aussi reconsidérer sa vision du monde dans son ensemble et se demander : « Est-il vrai que tout est séparé ? Est-ce que je vis réellement dans un monde composé de choses et d’objets distincts ? Suis-je un être séparé ? Suis-je séparé des huit milliards d’autres personnes sur la planète ? Suis-je une île au centre de mon propre univers ou existe-t-il une alternative ? » Bien sûr, cette alternative existe : c’est l’esprit du Bouddha, c’est l’éveil.
Le concept de l’éveil
L’éveil se déroule par étapes. Certes, certains le perçoivent comme un état de perfection absolue, mais il n’en est rien. L’éveil survient lorsqu’on commence à voir au-delà de l’illusion que le monde peut être divisé en objets séparés.
Nous vivons à l’ère du numérique. Nombre d’entre vous se souviennent de l’époque où les ordinateurs étaient plus rudimentaires et où les pixels de l’écran étaient visibles à l’œil nu. On pouvait distinguer les points carrés qui composaient l’image. Aujourd’hui, si vous regardez une photo sur un écran d’ordinateur, même en vous approchant avec une loupe, vous ne verrez que ces points carrés de différentes couleurs, mais tous de la même forme. Seules leurs couleurs variaient. Il n’y avait en fait que trois couleurs différentes, et vous pouviez distinguer ces pixels individuellement. Cela signifie que si vous regardez un écran d’ordinateur, et qu’une photo de tigre s’y affiche, en vous approchant, vous ne verrez que des points carrés de couleurs variées. Ce n’est qu’en prenant du recul que votre perspective change et que vous voyez l’image : « Ah, ces points carrés forment l’image d’un tigre, un animal dangereux qui pourrait me dévorer. »
C’est ce que l’on commence à saisir en atteignant ces niveaux supérieurs de pleine conscience : ce n’est qu’à un certain niveau, d’un certain point de vue, que le monde apparaît comme composé d’objets séparés. Ce n’est qu’à un certain niveau qu’il est pertinent d’appliquer ce jugement de valeur du bien et du mal, du juste et du mauvais. En s’approchant, on constate que toutes les formes du monde sont constituées de ces minuscules points individuels. On peut même aller plus loin et réaliser que ces points ne pourraient apparaître sans un écran, et que toutes les formes du monde sont donc composées de ces unités plus petites, jusqu’aux particules subatomiques et aux ondes énergétiques.
Tout cela ne peut apparaître que parce qu’il y a quelque chose derrière, qui le fait apparaître. Derrière les points sur l’écran d’ordinateur, il y a l’écran lui-même ; derrière les points sur une feuille de papier, il y a le papier lui-même ; mais derrière les points qui composent le monde des formes, il y a l’informe, qui est la nature de Bouddha. La nature de Bouddha est l’informe qui permet à la forme d’émerger. C’est l’informe qui peut prendre forme temporairement, mais l’informe n’est pas changée par la forme. J’ai de nouveau utilisé l’image d’une salle de cinéma où vous projetez vos corps identitaire, mental et émotionnel sur l’écran. L’écran peut afficher de nombreux films différents, mais il ne change pas au fur et à mesure de leur projection. L’écran est toujours là, toujours blanc, indifférencié, informe. Quelles que soient les formes que prend la nature de Bouddha, elle ne change pas. Les formes ne sont que temporaires. La nature de Bouddha est intemporelle, éternelle, perpétuelle. Aucune forme ne pourrait jamais changer l’informe.
Une forme peut en modifier une autre, mais aucune forme ne peut changer l’informe. C’est ce que vous pouvez non seulement comprendre intellectuellement, mais aussi expérimenter intuitivement : derrière toutes les formes se cache la nature de Bouddha. Lorsque vous commencez à en faire l’expérience intuitivement, votre perspective change radicalement. Vous comprenez alors que toute cette évaluation du bien et du mal, du juste et du mauvais, n’a lieu que dans l’esprit, et plus précisément dans l’esprit séparé de la nature de Bouddha. Cette évaluation, cette tension constante, ce jugement permanent, ont pour effet de maintenir votre conscience focalisée sur cet esprit séparé, prisonnière de sa propre perception du monde. Puisque votre conscience est une expression de la nature de Bouddha informe, elle peut transcender l’esprit structuré et expérimenter sa propre nature. C’est la pleine conscience supérieure. C’est le véritable sens de la pleine conscience.
Différentes définitions de la pleine conscience
Or, si l’on considère le bouddhisme à travers les âges, on constate que de nombreuses personnes, y compris des bouddhistes et même des érudits dits avancés, l’ont défini de diverses manières. Certains ont tenté de le définir comme une succession de pensées à ignorer et de pensées à privilégier. Ils ont ainsi créé différentes formes de méditation visant à exclure certaines pensées et à concentrer l’esprit sur d’autres.
Ce n’est pas le sens originel de la pleine conscience. En réalité, ces personnes utilisent les enseignements du Bouddha pour renforcer, voire créer, un nouveau moi séparé. Elles s’approprient ces enseignements, censés les libérer du mental extérieur, du mental dualiste et du mental séparé, et les utilisent pour créer un moi séparé qui se sent désormais supérieur à ceux qui ne partagent pas leur vision du monde. Elles élaborent une vision du monde spécifique, prétendument fondée sur les enseignements du Bouddha, mais qui résulte en fait en une interprétation de ces enseignements à travers le filtre de séparation. Elles les déforment ensuite, les transformant en doctrine ou en dogme, et en une vision du monde rigide, fermée et absolutiste.
Quel est le concept du Noble sentier octuple ? Tant que vous êtes incarnés physiquement, vous n’avez pas atteint un niveau de conscience ultime. Comme je l’ai dit, vous vivrez dans l’illusion tant que vous serez en incarnation. Il ne peut en être autrement. Suivre le Noble sentier octuple est un cheminement de toute une vie, mais ces personnes ont interprété les enseignements du Bouddha, ou plutôt leur version déformée, comme suit : « Voici la vision du monde absolue. Nous sommes bouddhistes. Nous le savons. Nous pratiquons ces enseignements. Nous sommes capables de forcer notre esprit à ne pas penser à certaines choses et à se concentrer uniquement sur d’autres. Par conséquent, nous sommes avancés. Nous sommes sauvés. Nous avons atteint un état de conscience supérieur. Nous sommes spéciaux et le Bouddha nous récompensera sûrement dans un avenir proche. » Ce n’est pas cela la pleine conscience. C’est l’inconscience, même si l’esprit est rempli de sa propre vision du monde. Tout cela n’est qu’illusion, un immense réseau d’illusions, et c’est là l’essence du dilemme auquel vous êtes confrontés.
Si vous considérez l’histoire de ma vie, vous verrez qu’après avoir atteint le Nirvana, j’ai envisagé de retourner sur Terre pour enseigner. J’étais confronté à cette pensée : « Mais tu as atteint un niveau de conscience tellement plus élevé, tellement différent de celui des gens sur Terre, que personne ne pourra saisir ton enseignement. Personne ne pourra le comprendre. » C’était une tentation à laquelle je devais faire face, que je devais surmonter, et pour laquelle je devais me demander : « Vaut-il vraiment la peine de retourner sur Terre ? Quelqu’un le comprendra-t-il ? » Ce qui m’a finalement poussé à y retourner, c’est que j’ai réalisé que je l’avais saisi. J’avais compris. J’avais élevé ma conscience à un certain niveau et, comme je l’ai dit, lorsqu’on atteint ce niveau d’éveil et de bouddhéité, notre vision du monde est fondée sur l’unité. On ne se perçoit plus comme séparé des autres, et par conséquent, on ne se considère plus comme exceptionnel. On se voit comme une expression individuelle de la nature de Bouddha, tout comme tous les autres êtres humains, et qu’une expression de la nature de Bouddha ne peut être intrinsèquement et fondamentalement supérieure à une autre expression de la nature de Bouddha.
Quand j’ai compris cela, j’ai réalisé que si j’ai réussi élever ma conscience, chacun peut en faire autant. Le fait que je l’aie fait signifie que d’autres sont prêts et disposés à apprendre, et je peux donc leur donner l’exemple. Je peux leur transmettre certains enseignements, et c’est pourquoi j’ai décidé de revenir et je me suis dit : « Certains comprendront. » Je savais que la plupart ne comprendraient pas, et si l’on considère le bouddhisme de ces 2 500 dernières années et les différentes écoles qui ont vu le jour, on trouve divers arguments expliquant pourquoi certaines ont compris l’enseignement bouddhiste. On constate que la plupart n’ont pas compris, mais que certains ont compris, et qu’aujourd’hui, beaucoup plus peuvent comprendre sans devenir bouddhistes. Même ceux qui ont grandi dans le monde occidental, non bouddhiste, peuvent comprendre car ces idées sont universelles.
Qu’est-ce qu’un enseignement spirituel valide ?
Voici une autre prise de conscience que vous avez sur le chemin. Vous réalisez que toutes les religions et philosophies spirituelles présentes sur Terre prétendent détenir une vérité supérieure. Ou plutôt, ce sont les adeptes et les religieux de ces religions qui le prétendent. Mais si un enseignement spirituel est valable et valide et provient d’une source supérieure, alors il indiquera qu’il existe quelque chose au-delà des divisions qui existent sur Terre. Il existe un niveau de conscience qui transcende l’esprit dualiste, les jugements de valeur et le sentiment de séparation.
Au-delà de la séparation et de la division se trouve l’unité, vers laquelle tout enseignement spirituel authentique et valide tend. Dès lors, il est vain de prétendre détenir la vérité absolue. Puisque chaque être humain est unique, il est impossible de créer un enseignement spirituel universel, et cela n’a d’ailleurs aucune importance. Ce qui compte, c’est la question suivante : « Un enseignement spirituel spécifique peut-il aider les individus à transcender leur niveau de conscience et, finalement, à atteindre le point de transcendance de la séparation et de la dualité ? » Si tel est le cas, l’enseignement est efficace. Dans le cas contraire, il est inefficace. Tout enseignement conçu dans ce but peut être perverti et interprété à travers le filtre de l’esprit séparé. Ainsi, chacun crée sa propre version de l’enseignement, non pas pour libérer de l’emprise du mental extérieur, mais pour conforter ce dernier dans sa vision du monde et lui offrir un sentiment de sécurité et de supériorité.
Si vous vous appropriez un enseignement spirituel pour vous sentir supérieurs, persuadés de détenir l’enseignement suprême, la vérité absolue, vous démontrez une totale incompréhension du but des véritables enseignements spirituels. Le but d’un enseignement spirituel est de vous libérer de votre propre mental, de votre mental séparé. S’il y parvient, il est efficace. Dans le cas contraire, il est inefficace. Si vous l’utilisez pour vous libérer de votre mental, vous en faites le meilleur usage possible. Si, au contraire, vous l’utilisez pour vous enfermer davantage dans votre propre mental (parce que vous êtes convaincus de détenir la vision du monde absolue, la vision du monde suprême), alors vous avez abusé de cet enseignement.
L’intention du Bouddha n’a jamais été de créer la religion supérieure sur Terre. Ses enseignements visaient à guider les individus vers une élévation de conscience, les libérant ainsi des prisons de leur propre esprit. Détourner ces enseignements, c’est démontrer un manque de conscience, car votre esprit est rempli de croyances issues de ce qui se perçoit comme séparé du Bouddha : l’esprit séparé. Cet esprit, issu de l’illusion, au lieu de vous libérer du voile de maya, ne fait que vous y enfermer plus fermement, car vous croyez que votre vision du monde repose non pas sur l’illusion, mais sur une vérité supérieure absolue.
Pour le dire très simplement : qu’est-ce que la pleine conscience supérieure ? C’est la conscience que le but de ce chemin est de se libérer de son propre mental, de ses contenus. Cela signifie-t-il qu’on atteint un point où l’on n’a plus aucun contenu ? Ce n’est pas ce que j’ai dit. Si vous prêtez attention à ce que j’ai dit, vous comprendrez que l’on se libère, que l’on libère son mental, des contenus fondés sur la séparation et la dualité. Ce faisant, on crée d’autres contenus fondés sur la connexion et l’unité. Lorsque je suis revenu enseigner, mon mental était libéré de la dualité et de la séparation, mais il conservait une certaine individualité, une certaine vision du monde, et il était adapté à la culture dans laquelle j’appartenais. Mon mental avait, bien sûr, des contenus.
Je ne m’identifiais pas à ces contenus. Je savais que les contenus de l’esprit n’étaient que des outils pour interagir avec le monde matériel et avec autrui. Ils ne me définissaient pas. Ils pouvaient être modifiés, différents. Ce n’étaient pas des contenus absolus de l’esprit. Voyez-vous, je ne vous demande pas, du moins à un certain niveau du chemin, d’atteindre un point où vous n’avez plus d’individualité, plus de personnalité. Je vous demande d’être disposés à atteindre un point où votre individualité ne repose plus sur l’illusion de la séparation, où votre personnalité ne repose plus sur la séparation et la dualité, où vous ne vous voyez plus en opposition aux autres. Vous pouvez construire, ou découvrir (car vous l’avez peut-être déjà fait dans des vies antérieures), une personnalité et une individualité fondées sur un sentiment de connexion : une connexion à votre Soi supérieur, une connexion à un royaume supérieur, une connexion aux autres, une connexion au monde matériel. Dès lors, vous avez une manière totalement différente d’interagir avec les autres, le monde matériel, votre Soi supérieur et le royaume supérieur.
Vous pouvez désormais agir en fonction de cette connexion, et quel en est le résultat naturel ? Au lieu de chercher à vous élever en tant qu’individu isolé, vous cherchez à élever le tout, car vous comprenez que vous en faites partie. Par conséquent, pour vous élever, pour élever votre être connecté, il faut élever toute vie. Ceci nous amène au dernier point : la concentration, ce sur quoi vous focalisez votre attention. Mais ce sera, bien sûr, le sujet du prochain discours.
Je vous ai fait une démonstration de pleine conscience. J’espère que vous avez expérimenté une forme supérieure de pleine conscience. Mon esprit est rempli de la nature de Bouddha. De quoi votre esprit est-il rempli ?
Copyright 2023 Kim Michaels
© Noël Wan pour la traduction française, 20/05/2026