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Accepter d’être dérangés pour suivre le chemin

Message dicté par Gautama Bouddha à travers Kim Michaels, le 7 janvier 2023 lors du webinaire du nouvel an 2023 « Être une personne spirituelle dans un monde chaotique ». (1/9)

Je suis le Maître ascensionné Gautama Bouddha. Padmasambhava et moi, nous nous sommes concertés pour déterminer ce que nous pourrions vous offrir, à vous, nos étudiants directs, pour vous aider en cette période particulière. Nous avons également réfléchi à ce que nous pourrions offrir qui puisse aider d’autres personnes ouvertes spirituellement et, plus généralement, la planète. Naturellement, en vous connectant si nombreux sur Internet et en prononçant les décrets et les invocations à l’unisson, vous contribuez également à aider la planète de manière inestimable.

Que peut-on dire de la vie sur Terre qui ait un sens pour le plus grand nombre ? On pourrait dire que la vie est difficile, que la vie est un défi ou que la vie est souffrance, comme je le disais il y a 2 500 ans dans la première noble vérité. C’est probablement un point sur lequel la plupart des gens seraient d’accord. Si l’on prend du recul et que l’on se pose une autre question : « À quoi pourrait-on comparer la vie sur Terre ? », alors voici une façon possible de l’envisager.

Ce que l’on ressent en s’incarnant
Vous savez sans doute qu’autrefois, pour aller au fond de l’océan, on utilisait un imposant scaphandre, une lourde combinaison étanche et un gros casque métallique avec une ouverture minuscule permettant de voir à travers. Je sais bien sûr que la plupart d’entre vous n’ont jamais porté un tel scaphandre, mais vous pouvez tout de même imaginer à quel point c’est contraignant. C’est lourd, encombrant, rigide, et il est difficile de bouger avec. De plus, on est relié à la surface par une corde et un tube qui alimente le casque en air. Imaginez ce qui se passe sous l’eau avec un tel scaphandre. On se sent déjà à l’étroit, mais une fois sous l’eau, la pression de l’eau s’ajoute sur le corps. Plus on descend, plus la pression est forte. En surface, on peut au moins voir assez loin à travers la petite ouverture du casque, mais une fois sous l’eau, selon sa clarté, la visibilité est très réduite. Et n’oubliez pas que pour plonger, il faut porter des plombs. Il peut s’agir de bottes lestées, de poids à la ceinture, pour pouvoir atteindre le fond de l’eau. Eh bien, c’est ainsi que se manifeste l’incarnation physique d’un être spirituel, d’un être immatériel que vous appelez âme ou autre.

En réalité, vous ne portez pas qu’un seul scaphandre, mais quatre. Lorsque vous vous incarnez, vous descendez d’abord dans ce que nous appelons le corps identitaire, siège de votre identité. Or, cette identité que vous avez dans votre vie actuelle peut être fortement influencée par votre environnement de naissance, la culture, la façon dont les gens se perçoivent, voire ce que nous appelons la conscience collective. Vous avez été élevés à vous identifier d’une certaine manière.

Ensuite, le corps suivant, la combinaison suivante que vous enfilez, c’est le corps mental, qui représente votre façon de voir la vie, votre vision du « comment » de la vie, tandis que le corps identitaire serait davantage axé sur le « quoi ». Le corps mental détermine ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire, comment vous devez faire les choses et toutes ces subtilités qui influencent votre vision de la vie et définissent qui vous êtes et quelles sont vos options ou vos choix.

Il s’agit du corps mental, siège de la capacité à défendre ou à réfuter différents points de vue. On constate que les corps mentaux de personnes différentes peuvent aboutir à des conclusions très divergentes, même face aux mêmes idées et aux mêmes preuves. L’un conclut que Dieu n’existe pas et que rien n’existe au-delà de l’univers matériel, tandis que l’autre affirme l’existence d’une réalité au-delà. Et bien sûr, une multitude d’autres questions peuvent faire l’objet de désaccords. Ce processus se déroule principalement au niveau du corps mental, mais il prend naturellement racine dans le corps identitaire. En effet, certaines personnes sont élevées dans une famille religieuse, d’autres dans une famille non religieuse, et d’autres encore adoptent diverses identités.

Ensuite, le troisième corps que vous adoptez est le corps émotionnel, siège de vos sentiments. Là encore, selon votre milieu d’origine, vous avez été élevés selon certains schémas qui déterminent la façon dont les membres de votre culture réagissent à certaines situations. Certaines personnes sont très passives ; elles ont tendance à se soumettre à l’autorité, ne souhaitent pas prendre de décisions et estiment ne pas avoir le droit d’exiger quoi que ce soit. D’autres sont plus agressives et estiment avoir le droit d’exiger, voire d’imposer leur volonté aux autres. D’autres encore estiment avoir le droit de se mettre en colère, et certains se sentent même obligés de réprimer leurs émotions et de ne pas se mettre en colère ni manifester d’autres sentiments. Il existe donc une multitude de réactions.

Enfin, il y a le corps physique, le plus contraignant des quatre car c’est le plus dense. On peut dire que pour un être immatériel, l’incarnation dans ces quatre corps est extrêmement contraignante. Ce sont simplement les quatre corps que vous avez revêtus au cours de cette vie. Le bouddhisme et de nombreuses philosophies spirituelles à travers le monde reconnaissent la réincarnation. Il ne s’agit pas seulement de ce que vous avez assimilé dans cette vie, de la culture dans laquelle vous avez grandi. Vous portez en vous des éléments de vos vies antérieures, où vous avez également adopté une certaine identité, certains schémas mentaux et émotionnels. On pourrait dire que même si le corps physique est nouveau à chaque incarnation, il peut subsister des schémas du passé qui déterminent son état, son fonctionnement, voire même les maladies auxquelles il est prédisposé.

Voyez-vous, lorsqu’on prend du recul et qu’on observe la vie, on constate qu’une fois à l’intérieur de ces quatre corps ou combinaisons de plongée, et une fois immergé dans l’eau qui représente la conscience collective et le champ énergétique de la Terre, on ne peut s’empêcher de se sentir contraint. C’est tout simplement impossible d’être incarné sur Terre sans ressentir cette pression énorme.

Ce qui cause réellement la souffrance
Voici une signification plus profonde de la première noble vérité qui est que la vie est souffrance. La vie sur une planète comme la Terre, avec la densité de la matière, la densité de la conscience collective et les nombreux conflits qui éclatent constamment entre les êtres humains, est souffrance. On ne peut y échapper, car tel est notre environnement. Que faire alors ? Bien sûr, beaucoup de choses sont possibles et nous avons donné de nombreux enseignements à ce sujet, mais concentrons-nous ici sur la deuxième noble vérité. La souffrance provient de ce qu’on a souvent traduit par un mauvais désir. Cependant, le sens plus profond, la compréhension supérieure, est qu’il ne s’agit pas d’un « mal » par opposition à un « bien ».

C’est un type spécifique de désir qui engendre la souffrance, et il existe bien sûr différents niveaux de compréhension possibles. Mon propos n’est pas de remettre en cause l’interprétation des enseignements du Bouddha par la plupart des bouddhistes depuis 2 500 ans. Il ne s’agit pas d’affirmer que leur interprétation est erronée. Mais on constate, non seulement dans le bouddhisme, mais aussi dans la plupart des religions et même dans certaines philosophies non religieuses, une tendance à définir le bien par opposition au mal.

C’est là, bien sûr, l’essence même de la conscience de dualité. Il existe deux polarités opposées, mais il ne s’agit pas simplement d’oppositions comme le noir et le blanc. Un jugement de valeur leur est associé, ce qui signifie que l’on considère une polarité comme juste et l’autre comme mauvaise. De ce fait, de nombreux bouddhistes, à travers les âges, ont envisagé les désirs sous cet angle et ont tenté d’établir une définition selon laquelle certains désirs dont parlait le Bouddha seraient mauvais, et d’autres, bons. Mais il s’agit là, au mieux, d’une compréhension superficielle.

On pourrait aussi dire que ce n’est pas du tout ce que le Bouddha voulait dire. Ce n’est pas de cela que je parlais il y a 2 500 ans, car j’ai enseigné dans le Dhammapada la notion de « paires ». Parler de bien et de mal, c’est créer une paire, ce qui nous enferme dans un état de conscience dualiste. En réalité, c’est cet état de conscience dualiste qui est la cause de la souffrance. J’ai dit qu’on ne peut s’incarner sur une planète comme la Terre sans ressentir cette pression, car la conscience collective terrestre est profondément marquée par la dualité, par les paires, par les polarités dualistes, par le jugement de valeur : bien et mal, juste et mauvais, etc.

Bien sûr, beaucoup de gens dans le monde ne pourront pas saisir cela. Ils ne pourront pas appréhender la dualité. C’est là que, en tant que guides spirituels, nous sommes toujours confrontés à une certaine limite. Pour reprendre l’analogie du plongeur, on pourrait dire que les gens sur Terre portent ce lourd scaphandre, alourdis par toutes sortes de choses qui les retiennent au fond de l’eau. Qu’est-ce qui les alourdit ? Eh bien, leurs corps physiques, leurs schémas émotionnels, leurs croyances, leurs dogmes et même leurs sentiments d’identité. Ces éléments dans les corps émotionnel, mental et identitaire sont comme les poids de votre scaphandre qui vous retiennent au fond de l’océan.

Le défi pour les enseignants spirituels
Nous avons donc, sur Terre, des êtres humains qui sont prisonniers de cette combinaison contraignante, ces quatre corps alourdis par le scaphandre, au fond de l’océan. Selon la clarté de l’eau où ils vivent, leur vision est très limitée. Et nous, en tant qu’enseignants spirituels, nous nous sommes libérés de ce poids, de cette combinaison de plongée. Nous avons émergé à la surface, baignés par la lumière du soleil, d’où notre regard porte très loin. Et nous, nous essayons de communiquer avec ces êtres qui reposent au fond de l’océan, engoncés dans cette lourde combinaison et incapables de voir à plus de trois mètres.

Si vous prenez du recul, si vous arrivez à vous détacher mentalement de la combinaison de plongée, vous pouvez comprendre le problème. En tant qu’enseignants spirituels, nous vivons une réalité totalement différente de celle que la plupart des gens vivent au fond de l’océan. Nous essayons de leur faire comprendre qu’il existe une alternative à ce qu’ils connaissent. Il existe une autre perspective, une autre façon d’envisager la vie, et nous essayons avant tout de leur faire comprendre qu’il est souhaitable d’acquérir cette perspective plus large. Nous essayons même de leur faire comprendre que, même s’ils ne peuvent pas atteindre la perspective complète que nous avons hors de notre corps, ils peuvent au moins accéder à une perspective plus large pendant leur incarnation.

Mais combien de personnes parviennent réellement à saisir cela ? Combien peuvent comprendre qu’il existe une autre façon d’envisager la vie que celle qui leur a été inculquée dans cette incarnation et celle qu’ils ont adoptée au cours de leurs nombreuses vies antérieures ? Combien peuvent le comprendre ?

Ce qui s’est produit, par exemple, avec la philosophie bouddhiste et de nombreux autres enseignements spirituels et religieux, c’est que cette philosophie est proposée d’un point de vue supérieur, plus large que celui de la plupart des gens sur Terre. Mais, la plupart des gens n’ont pas été capables d’atteindre ce niveau de conscience. Ce que nous attendons en tant qu’enseignants spirituels, c’est que chacun puisse progresser graduellement à partir de son niveau actuel de conscience et de perspective, afin d’élargir progressivement sa conscience, son horizon et de se rapprocher au moins de la perspective transmise par l’enseignant. Pourtant, inévitablement, et cela se produit pour toutes les religions et philosophies spirituelles, certaines personnes sont attirées par la philosophie et doivent donc l’aborder avec leur niveau de conscience actuel. Cela signifie qu’elles projettent inévitablement certaines choses sur l’enseignement spirituel. On peut également dire qu’avant d’atteindre leur conscience, l’enseignement spirituel qu’elles reçoivent de l’extérieur est filtré par leurs corps émotionnel, mental et identitaire, voire même par leurs corps physique et leurs cerveaux.

On pourrait dire que vous portez ces quatre niveaux de scaphandre et qu’au centre même de ces corps se trouve l’essence de qui vous êtes comme un être conscient de soi. Mais vous ne pouvez pas voir le monde directement tel qu’il est ; vous ne pouvez le percevoir qu’à travers ces quatre corps qui forment un filtre. Ainsi, une impulsion vous parvient de l’extérieur sous forme d’un enseignement spirituel, et pour vous atteindre en tant qu’être conscient capable de penser et de décider, elle doit être filtrée par ces quatre corps, ces quatre niveaux de conscience.

Pour qu’un enseignement spirituel fonctionne
Avant même de vous parvenir, l’enseignement a été filtré et coloré par ce qui se trouve dans vos quatre corps. La question est donc : « Comment un enseignement spirituel peut-il fonctionner ? » Eh bien, il ne peut fonctionner que si votre être profond comprend la dynamique centrale d’un enseignement spirituel. Quel est le but d’un enseignement spirituel ? Il est de vous montrer qu’il existe un chemin au-delà de votre propre mental, que vous pouvez dépasser votre perspective actuelle, votre niveau de conscience actuel, et que l’enseignement est conçu comme un outil pour vous permettre d’accomplir ce voyage, un processus pour dépasser votre perception actuelle du monde, votre filtre de perception actuel, et votre façon actuelle d’envisager la vie.

Si vous ne comprenez pas cela, que se passera-t-il ? Eh bien, vous vous approprierez l’enseignement spirituel et y superposerez les éléments contenus dans vos trois corps supérieurs. Vous y ajouterez certains schémas émotionnels, certains schémas mentaux et un certain sentiment d’identité. Il en résulte souvent que de nombreuses personnes aspirent à se sentir supérieures aux autres. Elles s’emparent alors d’un enseignement spirituel et utilisent tout ce qu’il contient pour construire une superposition qui leur donne l’illusion que ceux qui suivent cet enseignement, ceux qui se conforment à cet ensemble d’exigences extérieures, qui respectent ces règles, qui pratiquent ces coutumes, sont supérieurs à ceux qui ne le suivent pas.

On observe, dans pratiquement toutes les religions du monde, des personnes qui se croient supérieures à celles qui n’appartiennent pas à leur religion. C’est le cas de nombreux bouddhistes. Bien sûr, de nombreux chrétiens, hindous, musulmans, et autres, partagent ce sentiment. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres illustrant comment, lorsqu’on ne saisit pas la dynamique centrale d’un enseignement spirituel, on projette inconsciemment sur cet enseignement les contenus de son propre subconscient, qu’ils soient émotionnels, mentaux ou identitaires. En somme, on ramène l’enseignement à l’intérieur de son scaphandre.

J’ai dit que lorsque vous portez un scaphandre, vous avez un tube qui apporte de l’air, mais aussi une corde qui vous relie à la surface. Qu’est-ce qu’un enseignement spirituel ? Eh bien, c’est cette corde. La question est : qu’allez-vous faire de cette corde ? On constate que beaucoup de gens à travers le monde ignorent même son existence. Ils errent au fond de l’océan à la recherche de quelque chose avec leur vision du monde très limitée. Mais beaucoup de ceux qui ont trouvé un enseignement spirituel ont réalisé : « Tiens, voilà une corde à laquelle je peux me raccrocher. » La question est alors : comprennent-ils le but de cette corde ? Se disent-ils : « Il doit y avoir quelque chose au bout de la corde, et si je me hisse le long de celle-ci, j’atteindrai ce quelque chose » ?

Et c’est bien sûr le but de la corde. On peut se hisser avec, mais ceux qui ne comprennent pas la dynamique centrale d’un enseignement spirituel feront autrement. Ils tireront la corde vers eux jusqu’à ce qu’elle soit entièrement à leur niveau et enroulée autour d’eux, de sorte que, souvent, après avoir embrassé un enseignement religieux ou spirituel, ils sont encore plus contraints dans leur scaphandre, car ils ont enroulé cette corde, censée les libérer, plus étroitement autour d’eux, au point de pouvoir à peine bouger. Ils sont désormais imprégnés d’idées préconçues sur la façon dont un bouddhiste, un musulman ou un chrétien est censé se comporter ou ne pas se comporter, ressentir ou ne pas ressentir, penser ou ne pas penser, s’identifier ou ne pas s’identifier.

Le désir d’échapper à la pression
Voilà la situation sur Terre, et cela nous ramène à la notion de désir juste. Le mauvais désir engendre la souffrance, et ainsi, ceux qui se sont enroulés avec la corde pensent qu’il leur suffit d’identifier et de cultiver les désirs justes pour échapper à la souffrance. Mais cela ne fonctionnera pas. Nombreuses sont les personnes, bouddhistes ou issues d’autres traditions spirituelles et religieuses, qui ont démontré que cette approche ne fonctionne pas. Cependant, il est impossible d’expliquer pourquoi cela ne fonctionne pas à ceux qui n’ont pas compris que le but d’un enseignement spirituel est de leur permettre de percevoir quelque chose qu’ils ne peuvent pas voir et de les aider à dépasser leur état de conscience actuel.

Quelle est la différence entre une personne non éveillée et une personne éveillée ? Ce n’est qu’une seule chose : le niveau de conscience. Pour progresser vers l’éveil (et le Noble sentier octuple est défini comme un processus menant à l’éveil), il faut commencer par son niveau actuel. On ne peut pas passer de son état actuel à l’état d’éveil d’un seul bond géant, du moins la plupart des gens en sont incapables. Le Noble sentier octuple est un processus systématique et progressif permettant d’atteindre l’éveil étape par étape. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, et j’y reviendrai. Mais le fondement du Noble sentier octuple, c’est qu’il s’agit d’un processus qui vous conduit de votre état actuel à l’état d’éveil.

Quel est cet état d’éveil ? Eh bien, c’est, comme je l’ai dit, l’état où vous vous êtes libérés de la perspective limitante qui est la vôtre actuellement et où vous avez atteint une perspective plus large, un état d’esprit différent. Autrement dit, on peut dire, d’un certain point de vue, que la différence entre une personne non éveillée et une personne éveillée réside dans leur niveau de conscience. Et vous pouvez alors définir un chemin progressif qui mène de votre niveau de conscience actuel vers des niveaux de conscience de plus en plus élevés, jusqu’à atteindre un état où vous êtes libérés des limitations humaines les plus courantes.

On pourrait dire, d’une certaine manière, que ce sont les désirs qui causent la souffrance, mais de quels désirs s’agit-il ? Cela nous oblige à approfondir la question. La plupart des gens, prisonniers de leur scaphandre, se sentent limités. Ils ont l’impression d’être confrontés à des limites quant à ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire. Souvent, ils se sentent obligés d’agir sous l’effet des circonstances.

Au niveau le plus élémentaire, il faut nourrir le corps. À moins d’être le prince Siddhartha, qui a grandi dans un palais où il avait tout, il faut généralement travailler pour subvenir à ses besoins. C’est pourquoi beaucoup de gens se sentent contraints. Mais il existe bien d’autres facteurs qui engendrent ce sentiment de contrainte. De nombreuses pressions s’exercent sur le plan émotionnel. De nombreux schémas mentaux nous obligent à adopter certaines idées. Et bien sûr, il y a la question de l’identité : la pression de s’identifier à tel ou tel groupe. Voire même, le fait d’appartenir à tel groupe implique d’être contre tel autre et de devoir le combattre. On peut donc dire que beaucoup de gens se sentent sous pression. Et que désirent-ils ? Quels sont leurs désirs ? Eh bien, ils désirent échapper à cette pression, ou du moins trouver un répit. Nombreux sont les désirs liés à la pression que chacun ressent dans sa situation actuelle, quelle qu’elle soit, en fonction de son milieu d’origine.

Vous avez des désirs, vous souhaitez vous affranchir de certaines contraintes, vous aspirez à un répit face à certaines pressions. La question est : « Ces désirs sont-ils réalisables ? » La réponse est bien sûr : oui et non. Nombreux sont ceux qui parviennent à alléger la pression existentielle. Par exemple, dans certaines régions du monde, beaucoup ont fait des études, occupent un emploi stable qui leur assure un revenu régulier et ils n’ont pas à se soucier des besoins essentiels. Tout cela est pris en charge. Mais cela signifie-t-il qu’ils sont totalement libérés de toute pression ? Ils sont libérés de certaines pressions, certes, mais il subsiste assurément d’autres pressions qui pèsent sur eux.

Voyez-vous, en général, qu’il est possible de se libérer partiellement de certaines pressions de la vie, mais qu’il est très difficile de s’en libérer totalement. Pourquoi ? Où se situent les pressions auxquelles vous cherchez à vous libérer ? Où sont-elles ressenties ? Vous pourriez dire : « Je suis dans ce scaphandre, sous l’eau, et le poids de l’eau exerce une pression sur moi. Ainsi, du simple fait d’être incarné sur une planète dense comme la Terre, avec la densité de la conscience collective, je subis une pression extérieure. » Et c’est vrai.

L’idée centrale d’un enseignement spirituel
L’idée centrale d’un enseignement spirituel est qu’il existe une différence entre la pression extérieure et l’expérience intérieure qu’on en fait. Or, à travers les âges, nombreux sont ceux qui n’ont pas saisi cette différence. Ils ont étudié des enseignements spirituels qui contenaient ces idées, quelle que soit la forme qui leur était donnée, compte tenu de l’époque et de la culture où ils ont été transmis. Mais ils n’ont pas compris qu’il existe une différence entre la pression extérieure et l’expérience intérieure qu’on en fait. Qu’est-ce que cela signifie ?

Vous subissez la pression du monde. Vous vous tournez alors vers un enseignement spirituel, et voilà un de ces dilemmes qui se posent à nous, enseignants spirituels. Nous sommes au-dessus de cette pression. Nous ne la ressentons pas. Nous expérimentons combien nous sommes plus libres et joyeux, justement parce que nous ne la subissons pas. Nous comprenons la pression que vous subissez. Mais nous constatons aussi que beaucoup sont tellement accablés par cette pression qu’ils n’arrivent plus à se projeter. Nous devons leur insuffler une motivation, une sorte d’élan, pour qu’ils s’engagent dans un processus d’étudier cet enseignement spirituel que nous proposons et de le mettre en pratique.

Qu’est-ce qui motive les personnes soumises à une telle pression ? Elles aspirent à s’en libérer. L’enseignement spirituel doit implicitement promettre cette libération. Or, cette promesse est à la fois vraie et fausse. Car si, comme je l’ai dit, vous vous prenez cet enseignement et enroulez la corde autour de vous, la promesse se révèle illusoire, puisqu’il ne vous libérera pas de la pression. Pourquoi ? Parce que la pression que vous subissez n’est pas la pression extérieure.

Qu’ai-je dit précédemment ? Toute impulsion qui vous parvient traverse vos corps émotionnel, mental et identitaire avant d’atteindre votre Soi conscient, entouré par les quatre corps. Il en va de même pour la pression. Elle émane du monde extérieur, de la conscience collective. C’est indéniable. Je ne prétends absolument pas que vous n’en subissez aucune. Mais votre expérience de cette pression se déroule au sein de votre esprit, et elle dépend de vos schémas émotionnels, de vos pensées, de vos croyances et de votre sentiment d’identité. C’est ce qui façonne votre perception de la pression. La pression est là. Mais c’est la manière dont vous l’expérimentez qui vous affecte.

Comment utiliser un enseignement spirituel
Vous voilà donc incarnés sur une planète particulièrement difficile. Vous découvrez un enseignement spirituel. Comment pouvez-vous l’utiliser ? Imaginons que votre objectif soit de soulager la pression que vous ressentez. Vous vous dites alors : « Voici l’enseignement qui promet la paix intérieure, l’illumination, le nirvana. » Mais comment cela est-il possible ? Est-il réaliste de croire qu’en trouvant un enseignement spirituel particulier et en décidant de l’étudier et de le suivre, vous parviendrez à vous libérer de la pression extérieure qui pèse sur vous ? Bien sûr que non. Car cette pression extérieure est en partie due à la densité de la matière, mais aussi à la densité de la conscience collective, qui englobe tous les autres êtres humains sur la planète.

Comment la pratique d’un enseignement spirituel pourrait-elle changer la situation extérieure ? Comment, en chantant des mantras ou en étudiant des sutras assis en tailleur dans un monastère bouddhiste, pourriez-vous modifier la densité de la matière et la conscience collective ? Jamais un enseignement spirituel, provenant d’êtres libérés de la pression et du scaphandre, n’a fait une telle promesse. Ceux qui ont atteint la liberté ne feraient jamais une telle promesse. Quelle est donc la seule option restante ? Suivre un enseignement spirituel ne supprimera pas la pression, mais modifiera votre perception de celle-ci. Un enseignement spirituel ne peut rien faire de plus. Il ne peut que transformer votre expérience intérieure. Il ne peut pas changer la situation extérieure.

Bien entendu, cette affirmation comporte certaines nuances, car tout est une expression des origines interdépendantes, dont je parlerai plus en détail ultérieurement. Ainsi, en modifiant votre conscience, vous modifierez également votre situation extérieure. Mais pour l’instant, il est essentiel de comprendre que, quelle que soit l’ampleur de votre transformation de conscience, vous ne modifierez pas les fondements mêmes de la densité de la matière et de la densité de la conscience collective. Vous ne pouvez pas vous attendre à changer cette pression globale. En revanche, vous pouvez espérer, en suivant un enseignement spirituel, transformer la manière dont elle vous affecte, dont vous expérimentez votre vie sur Terre. C’est là le cœur de tout enseignement spirituel, sa réalité même. L’objectif premier de tout enseignement spirituel est de vous aider à identifier les fardeaux qui vous pèsent sur les plans émotionnel, mental et identitaire, à les examiner, à les amener à la conscience et à vous demander : « Est-ce que je veux continuer à traîner ce fardeau ? » Et si la réponse est non, vous décidez de vous en libérer.

Le désir impossible
Qu’est-ce qu’un désir constructif et un désir non constructif ? Le désir fondé sur votre niveau de conscience actuel et votre volonté d’échapper à la pression que vous ressentez est non constructif, car il vous maintient prisonnier de ce niveau. Il entrave votre évolution vers des niveaux de conscience supérieurs. Comment pourrait-il en être autrement ? Tant que ce poids est dans votre scaphandre, autour de la ceinture, il vous alourdira, car la gravité l’attirera vers le bas. La force gravitationnelle de la conscience collective l’attirera. Il ne peut en être autrement, c’est simplement une loi physique fondamentale, une loi naturelle élémentaire. Sauf qu’il s’agit d’une physique qui transcende le plan matériel et englobe tous les niveaux du monde matériel : émotionnel, mental et identitaire.

Qui se ressemble s’assemble ; il existe une force d’attraction qui s’exercera sur tout ce qui se trouve dans vos corps émotionnel, mental et identitaire. Il ne peut en être autrement. Que désire la plupart des gens lorsqu’ils découvrent un enseignement spirituel ? Échapper à la pression en utilisant le contenu actuel de leurs corps émotionnel, mental et identitaire. En d’autres termes, comme je l’ai dit, votre perception de la pression est déterminée par le contenu de vos trois corps, les trois niveaux de votre esprit. C’est à cause de ce contenu que vous ressentez la pression de la manière dont vous la ressentez actuellement.

Vous trouvez un enseignement spirituel qui promet de vous libérer de la pression. Vous pensez alors qu’en étudiant simplement cet enseignement et en pratiquant les exercices extérieurs, vous pouvez échapper à cette pression, sans rien faire pour agir sur le contenu de vos corps émotionnel, mental et identitaire. Autrement dit, vous pouvez fuir l’expérience sans vous attaquer aux conditions mêmes qui la produisent.

C’est impossible. Cela n’a jamais été possible. Il n’existe aucun raccourci qui permette d’y parvenir. C’est un désir impossible. Par conséquent, d’un certain point de vue, on pourrait dire que c’est un mauvais désir. C’est précisément ce que je voulais dire dans l’enseignement que j’ai donné il y a 2 500 ans. Vous devez affiner vos désirs, afin de ne pas rechercher un raccourci pour échapper à la souffrance, pour échapper à la pression, sans vous examiner vous-mêmes et votre propre esprit. Comprendre les conditions qui engendrent cette pression, voilà la seule manière réaliste d’aborder un enseignement spirituel.

Le besoin de continuité
Qu’est-ce qui empêche les gens de saisir ce que signifie la deuxième noble vérité concernant les désirs ? Eh bien, c’est ce qui est exposé dans la troisième noble vérité : leurs attachements. Les êtres humains ont un besoin généralement ignoré par la société, même par la psychologie moderne. On peut l’appeler besoin de sécurité, besoin de sûreté, mais il serait plus constructif de parler de besoin de continuité.

Ce besoin découle de votre réaction à la pression, la pression extérieure. D’un certain point de vue, on pourrait dire que tous les êtres humains sont susceptibles de subir ce que l’on appelle souvent une dépression nerveuse. De plus en plus de personnes, même dans le monde moderne où les difficultés matérielles de la vie quotidienne ne les affectent plus, vivent ces dépressions nerveuses. La situation devient insupportable, accablante, et elles ne parviennent plus à faire face à la vie. Elles ne peuvent plus fonctionner comme le veut la société. Quelle en est la cause ? Eh bien, c’est tout simplement le fait que vous vivez sur une planète où la pression exercée sur votre corps, votre esprit, votre identité, est si forte que personne ne peut y faire face.

Il est impossible de survivre mentalement et psychologiquement à la pression qui règne sur cette planète sans avoir trouvé un moyen de s’en protéger. Autrement dit, cette pression est tout simplement insupportable. Alors, comment expliquer que tant de personnes parviennent à mener une existence à peu près normale ? Parce qu’elles ont aussi la capacité de se protéger d’une partie de cette pression. Ce sont les éléments dans vos corps émotionnel, mental et identitaire qui agissent comme des filtres entre vous et le monde extérieur. Ces filtres vous permettent de vous couper du monde, de réprimer certains sentiments, certaines pensées, une certaine pression sur notre identité, et ainsi, de ne pas être submergés et de pouvoir fonctionner.

Ce que l’on peut affirmer, c’est que la grande majorité des gens ont développé un sentiment d’équilibre qui leur permet de fonctionner normalement. Mais ils sont constamment soumis à la pression et, par conséquent, le risque existe toujours qu’un événement vienne rompre cet équilibre, les submerger et les rendre incapables de gérer la situation. Ce besoin de maintenir cet équilibre est à l’origine de l’attachement. On s’attache à certains schémas émotionnels car, même inconsciemment, on perçoit qu’ils nous protègent de ces émotions accablantes. Il en va de même pour les schémas mentaux. Par exemple, de nombreuses personnes religieuses sont très attachées à certains schémas qui les empêchent de douter de leur religion. C’est ce qui crée l’attachement.

Cet enseignement ne pouvait pas être donné il y a 2 500 ans, car la conscience collective était bien trop basse. Rares étaient ceux qui auraient pu le comprendre. Grâce aux progrès du monde moderne dans de nombreux domaines, et pas seulement en psychologie, il est désormais possible de transmettre un enseignement plus profond. En résumé, on peut dire que la plupart des gens, pour survivre psychologiquement sur cette planète, ont développé des mécanismes de défense qui les protègent du stress. Mais ces mécanismes les empêchent aussi de dépasser leur niveau de conscience actuel. On pourrait dire que le scaphandre vous garde au sec et les plombs vous maintiennent au fond. Mais ils vous retiennent aussi prisonniers au fond de l’océan. Voilà une autre de ces dichotomies, de ces dilemmes, de ces énigmes du chemin spirituel. Pour transformer votre expérience de vie actuelle, vous devez examiner ces éléments qui vous protègent et vous limitent à la fois. C’est précisément ce que le Noble sentier octuple vise à faire. Bien sûr, il existe d’autres voies pour y parvenir. Il existe de nombreuses autres manières valables de décrire ce processus, mais mon objectif ici a été de le décomposer autant que possible, de le rendre aussi universel que possible.

Comprendre le Noble sentier octuple
En résumé, la souffrance est causée par la pression que vous subissez. Cette pression engendre le désir d’y échapper, d’être soulagé. Or, ce désir ne peut vous libérer de la pression, car si vous cherchez à y échapper sans examiner ses causes profondes, c’est-à-dire votre état intérieur, alors ce désir restera vain. S’engager sur le véritable chemin spirituel, qu’on l’appelle le Noble sentier octuple ou autrement, implique d’examiner certains mécanismes qui, d’un certain point de vue, vous protègent du poids de la pression, mais qui, d’un autre, vous y maintiennent indéfiniment. Vous êtes protégés par votre scaphandre, mais vous ne pourrez jamais vous en libérer tant que vous n’aurez pas identifié ce qui vous alourdit.

Voilà le véritable but du Noble sentier octuple. Il ne s’agit pas d’une mesure extérieure visant à modifier les conditions extérieures pour vous libérer de la pression et de la souffrance. Le Noble sentier octuple n’est pas un processus magique qui transforme votre environnement. Il s’agit d’un cheminement progressif et systématique pour transformer votre état intérieur et ainsi modifier votre perception du monde extérieur.

C’est là l’essence même, non seulement du bouddhisme, mais de toute philosophie spirituelle constructive. Ceux qui la comprennent progresseront sur le Noble sentier octuple, quel que soit le nom qu’on lui donne. Ceux qui ne la comprennent pas utiliseront en réalité l’enseignement spirituel pour se raccrocher encore plus fermement à leur niveau de conscience actuel. Ils renforceront leur filtre de perception et pourraient se croire très spéciaux par rapport à ceux qui ne suivent pas leur enseignement, se sentant très avancés parce qu’ils ont atteint ce haut degré de compréhension, de compréhension intellectuelle, de l’enseignement. Ils pratiquent également ces choses depuis tant d’années qu’ils finissent par croire qu’ils ont forcément progressé.

À présent, une question se pose : est-il possible de trouver un enseignement spirituel valable, de l’étudier et de pratiquer assidûment ses préceptes sans progresser ? La réponse est, bien sûr, oui. Commençons par examiner les trois corps. Votre corps émotionnel renferme certains schémas émotionnels qui vous font réagir d’une certaine manière dans certaines situations. C’est le poids que vous portez dans votre corps émotionnel. Vous portez différents poids ou schémas de réaction. Comment vous libérer et progresser sur le chemin de la conscience ? Il faut observer ces poids, les examiner, comprendre pourquoi vous réagissez ainsi, ce qui se cache derrière cette réaction, quelle est la croyance qui la sous-tend, puis s’en défaire consciemment. Ainsi, vous vous libérez d’un poids et le laissez couler au fond de l’océan. Vous êtes plus légers, le chemin devient plus facile et vous avancez d’un pas sur la voie graduelle.

On peut dire la même chose : vous êtes sous l’eau dans le scaphandre, et vous apercevez une échelle. Vous vous y agrippez, et lorsque vous vous débarrassez d’un lest, vous pouvez monter une marche. Mais tant que vous n’avez pas largué ce lest, vous pouvez vous accrocher autant que vous voulez, vous ne pourrez pas franchir la marche suivante. C’est là le véritable chemin du progrès : se regarder en face, examiner ses schémas émotionnels et en abandonner certains. Mais comme je l’ai dit précédemment, les gens subissent une telle pression qu’ils sont psychologiquement incapables de fonctionner. Ils ont appris à mettre en place un mécanisme de répression de certaines émotions. Nombreuses sont les personnes, non seulement dans le bouddhisme, mais aussi dans d’autres traditions spirituelles et religieuses, qui ont utilisé l’enseignement spirituel pour renforcer ce mécanisme de répression.

Vous constaterez que, dans presque tous les mouvements spirituels, certaines personnes y sont depuis longtemps, pratiquent assidûment les enseignements et dégagent une certaine sérénité. Elles ont une démarche lente, des gestes précis, et une façon particulière de parler. Elles maîtrisent leurs émotions et sont toujours calmes. Pourtant, bien souvent, elles se servent de ces enseignements pour renforcer ou développer de nouveaux mécanismes de répression émotionnelle, ce qui ne les mène à aucun progrès. Vous pourriez objecter : « Mais ces personnes vivent différemment depuis qu’elles ont découvert ces enseignements. N’ont-elles donc pas progressé dans la transformation de leur expérience intérieure ? Vous venez de dire que l’aspect central de la vie sur Terre réside dans notre expérience intérieure, notre expérience de vie. Et ces personnes l’ont manifestement modifiée. »

Oui, mais ce que je veux dire, c’est qu’il y a deux façons de transformer son expérience de vie : refouler ou résoudre. Refouler ses sentiments permet d’atteindre une certaine paix intérieure, mais cet état sera fragile et facilement perturbé. C’est pourquoi, dans de nombreuses traditions religieuses et spirituelles, certaines personnes s’isolent du monde, par exemple en vivant dans des monastères ou des communautés. Elles préservent ainsi leur fragile paix intérieure car leur environnement extérieur les protège des perturbations et des remises en question. Ce n’est pas ce qui permet de progresser et cet état peut être facilement bouleversé par un changement de circonstances.

Nombreuses sont les personnes, spirituelles ou non, qui ont ressenti, et ces dernières années, depuis la pandémie, puis la guerre en Ukraine et enfin la crise économique, un déséquilibre profond. C’est compréhensible. Je souligne simplement que si votre équilibre peut être perturbé par des facteurs extérieurs, c’est qu’il y a un problème non résolu, lié au mécanisme que j’ai décrit. Vous êtes sous l’emprise d’un élément que vous refoulez, un problème que vous n’avez pas résolu car vous tenez à préserver cet équilibre.

Accepter d’être dérangé
Qu’est-ce que cela signifie ? C’est très simple : pour saisir pleinement l’essence du chemin spirituel, pour s’y engager véritablement, il faut accepter d’être dérangé. Attention, je ne dis pas qu’il faut être prêt à vivre une dépression nerveuse ou à se sentir submergé, car le Noble sentier octuple, comme tout autre chemin spirituel, est conçu comme une progression graduelle. Il vous fait gravir les échelons petit à petit, sans être accablés. Mais il faut accepter d’être un peu perturbé, et c’est là que beaucoup de gens n’ont pas saisi l’importance de ce point.

Si vous examinez votre vie et votre parcours, vous constaterez que lors de votre première rencontre avec l’enseignement spirituel, vous aspiriez à la paix intérieure. Ce désir n’est pas illégitime, mais il a conduit nombre d’entre vous à utiliser cet enseignement pour ériger des barrières mentales, croyant ainsi atteindre la paix intérieure en refoulant vos émotions plutôt qu’en les accueillant et en les dissolvant, en en déconstruisant les schémas qui les sous-tendent.

Pourquoi réagissez-vous avec colère dans certaines situations ? La colère est une émotion, une forme d’énergie. Comme je l’ai expliqué, votre corps émotionnel représente le niveau le plus bas de votre esprit. Au-dessus se trouve le mental, et encore au-dessus, l’identitaire. L’énergie afflue vers votre esprit depuis votre Soi supérieur. Elle pénètre d’abord dans l’identitaire, puis dans le mental, et enfin dans l’émotionnel. Vos émotions n’apparaissent pas ex nihilo dans le corps émotionnel. Elles résultent de certains schémas de pensée présents dans votre corps mental, et même d’un certain sentiment d’identité propre au corps identitaire. C’est ce qui vous procure votre sentiment d’équilibre actuel.

Encore une fois, je ne critique pas cela. Sur une planète comme la Terre, on ne peut rien faire d’autre. Il faut avoir un certain sentiment d’identité. Il faut certains schémas mentaux et émotionnels pour faire face à sa situation extérieure. Mais pour progresser sur le chemin de l’éveil, ou quel que soit le nom que vous donnez à un état de conscience supérieur, il faut être prêt à examiner ces schémas et se demander : « Pourquoi est-ce que je réagis avec colère ? » Eh bien, c’est parce que vous aviez une certaine attente quant à ce qui devrait ou ne devrait pas se produire dans votre situation extérieure. Cette attente n’a pas été satisfaite.

Mais ce n’est pas tant le fait que l’attente n’ait pas été satisfaite qui provoque la colère. C’est plutôt que, lorsque l’attente n’a pas été satisfaite, votre équilibre a été perturbé. Votre équilibre masquait un sentiment plus profond d’impuissance, et lorsque ce sentiment d’impuissance est réveillé, vous ressentez de la colère. La colère est la réaction instinctive face à l’impuissance. Certaines personnes, sous l’emprise de la colère, entreprennent alors des actions qu’elles n’auraient pas entreprises en temps normal et, dans certains cas, cela les aide à changer la situation extérieure. Dans certains cas, cela ne fait qu’empirer les choses. Mais dans tous les cas, cela renforce le schéma.

La véritable issue consiste à remonter la piste de ce sentiment d’impuissance et des attentes concernant ce qui devrait ou ne devrait pas se produire, en traversant votre corps émotionnel et votre corps mental jusqu’à votre corps identitaire. Quels sont les schémas qui vous font vous sentir impuissants, qui vous font croire que certaines choses devraient et ne devraient pas arriver ? Voilà le chemin. Le Noble sentier octuple consiste à examiner progressivement et systématiquement ces schémas mentaux, à les amener à la conscience.

Vous les observez et vous vous dites : « Je vois que ce schéma m’a protégé d’être submergé, mais pourquoi suis-je susceptible d’être submergé ? C’est parce qu’il existe un schéma plus profond dans ma façon d’interagir avec le monde. J’ai un choix à faire. Je peux continuer à refouler et espérer que cela continue de fonctionner, mais alors je ne progresserai pas. Je ne suivrai pas véritablement le Noble sentier octuple, quels que soient mes efforts pour étudier les enseignements ou pratiquer les exercices. L’alternative est de comprendre réellement ce qu’est le Noble sentier octuple et d’examiner systématiquement mes schémas, mes réactions au monde. »

J’ai parlé de ceux qui suivent un enseignement spirituel depuis longtemps et j’ai dit que certains ont appris à réprimer leurs sentiments, ce qui leur donne une apparence d’être toujours calmes, sereins et maîtres d’eux-mêmes. Mais il y a aussi beaucoup de personnes qui ont utilisé leur mental, leur intellect, pour étudier cet enseignement. Et elles ont, désormais, renforcé mentalement les schémas qui leur permettent de maintenir un semblant d’équilibre mental. Ce phénomène ne se limite pas aux enseignements spirituels ou religieux. On observe en réalité de très nombreux exemples de personnes qui ont utilisé leur mental pour créer ce sentiment d’équilibre. Et sur quoi repose-t-il ? Sur la conviction de comprendre intellectuellement, analytiquement et rationnellement le fonctionnement du monde, et sur l’idée d’avoir saisi certains schémas, certaines lois naturelles, certains principes divins. Et parce qu’elles pensent comprendre cela, elles croient pouvoir contrôler le monde, ou du moins leur situation extérieure.

Il en résulte que de nombreuses personnes se sont forgé une idée du fonctionnement du monde et cherchent à l’appliquer à l’univers. Elles pensent pouvoir réduire les mécanismes de l’univers à quelques règles simplistes et, par conséquent, se croient être maîtres du monde. Elles ont utilisé un enseignement spirituel, une idéologie politique comme le communisme, ou même le matérialisme scientifique, pour se créer cette image mentale. Or, quel est le but d’un enseignement spirituel ? N’est-ce pas de vous libérer de votre état de conscience actuel ? Cela signifie vous libérer des schémas ancrés dans votre mental. Et, encore une fois, ces schémas vous protègent, par exemple, d’être submergés par les doutes.

Nombre de personnes religieuses ont développé des schémas de pensée qui leur disent : « Je n’ai pas besoin de considérer d’autres enseignements. Je n’ai pas besoin de réfléchir à ce qui remet en question mes enseignements spirituels et religieux. C’est inutile, car ils sont erronés, ils ne peuvent pas être justes ; je peux donc les rejeter sans y réfléchir. » C’est ce qui leur permet de maintenir un semblant d’équilibre. Mais le problème, bien sûr, c’est que le monde est plutôt chaotique. Les gens ont une multitude de croyances, de systèmes de croyances, de religions et d’idéologies différents. Il y aura toujours quelque chose dans le monde qui menacera vos convictions.

Comment transcender votre niveau de conscience actuel
Nombreux sont ceux qui ont développé cette conviction que l’étude de cet enseignement spirituel et la pratique des préceptes prescrits leur garantissent l’atteinte de l’éveil. De nombreux bouddhistes, à travers les âges et encore aujourd’hui, ont cru : « Si je me consacre exclusivement aux enseignements du Bouddha, si je me concentre uniquement sur eux et si je pratique assidûment les préceptes de ma version du bouddhisme, je suis assuré d’atteindre l’éveil ou le nirvana. Car le Bouddha était un véritable maître spirituel et il a promis que si je suis le Noble sentier octuple, j’atteindrai l’éveil. Et puisque le Bouddha est un véritable maître spirituel, cette promesse ne peut être que véridique. »

Qu’est-ce que j’expliquais tout à l’heure ? Nous devons faire une promesse qui parle aux gens à leur niveau de conscience actuel. Mais on ne peut pas prendre cette promesse, l’interpréter à travers son propre niveau de conscience, se faire une idée précise de la façon de suivre le Noble sentier octuple, et ensuite, en le suivant, en se basant sur son niveau de conscience actuel, espérer garantir une transcendance. C’est impossible.

Il est impossible de transcender son niveau de conscience actuel en y restant. Comment cela serait-il possible ? Aussi élaborées que soient les constructions mentales que vous élaborez, elles ne vous permettront pas de transcender le filtre de perception inhérent à votre corps mental. Vous devez accepter d’être perturbés, de douter d’au moins un aspect de votre vision actuelle de la vie. Vous devez être prêts à vous poser des questions difficiles et à examiner ce qui se cache derrière vos schémas de pensée actuels.

Si vous ne faites pas cela, vous pouvez à nouveau étouffer tout doute et vous convaincre d’avoir raison, mais vous ne progresserez pas. Vous resterez immobiles, accrochés à vos croyances. Et vous deviendrez, peut-être au cours d’une vie entière, de plus en plus convaincus d’avoir raison, car d’autres personnes autour de vous partagent les mêmes schémas de pensée et vous vous confortez mutuellement dans l’idée que vous êtes les seuls à avoir saisi l’enseignement du Bouddha. Mais voyez ce que j’ai expliqué : votre niveau de conscience actuel est limité. Le Bouddha transcende les limitations, son niveau de conscience dépasse toutes les limitations terrestres. Vous n’atteindrez pas le niveau du Bouddha à moins de transcender systématiquement et progressivement vos limitations actuelles. C’est impossible. Il n’y a aucun moyen d’y parvenir.

Où cela nous mène-t-il ? Vous êtes une personne spirituelle. Vous avez étudié un enseignement spirituel pendant longtemps. Vous avez pratiqué assidûment les pratiques prescrites pendant longtemps. N’avez-vous pas progressé ? Eh bien, la plupart des gens ont progressé car ils ont été disposés à regarder la situation en face, à l’examiner, puis à s’en détacher. D’autres non, car, comme je l’ai dit, ils ont utilisé l’enseignement spirituel pour conforter leurs schémas de pensée. Nombreux sont ceux qui ont renforcé leur sentiment d’être spéciaux par rapport à ceux qui ne suivent pas cet enseignement spirituel, qui ne le comprennent pas de la même manière, ou qui n’ont pas été aussi assidus dans la pratique. Ils renforcent ainsi cette impression d’être spéciaux, mais cela les maintient bien sûr prisonniers de leurs schémas de pensée habituels. Ils ont peut-être transformé leur expérience de vie en se sentant de plus en plus spéciaux, mais ils ne progressent pas.

Ce qu’un mouvement spirituel ne peut pas faire pour vous
La plupart d’entre vous ont progressé. Mais vous pouvez progresser davantage en prenant davantage conscience de ce que j’ai expliqué ici : le véritable processus de transcendance de votre niveau de conscience et ce besoin constant d’être dérangé. Comme je l’ai dit précédemment, beaucoup d’entre vous reconnaîtront que lorsqu’ils ont découvert un enseignement spirituel, ils ont pensé : « Ah, j’ai enfin trouvé ce que je cherchais. Je suis enfin chez moi. C’est ici que je trouve ma place, dans cet enseignement, dans cette communauté de personnes qui me ressemblent. Si je reste ici, tout ira bien. Je ressentirai cette paix intérieure qui me permettra de vivre pleinement sur cette planète. »

Nombre d’entre vous ont sans doute ressenti un grand enthousiasme lors de leur première découverte d’un enseignement ou d’un mouvement spirituel. Mais un événement inattendu les a perturbés, voire déçus. Ils ont alors réalisé que la réalité était bien différente de leurs attentes. Certains ont abandonné leur chemin spirituel, d’autres ont trouvé une autre voie. Mais avez-vous pleinement compris qu’aucun enseignement ni mouvement spirituel ne peut vous apporter automatiquement ce que vous désirez ?

Nombreux sont ceux qui, après avoir découvert un mouvement spirituel et été déçus, en ont trouvé un autre et se sont dit : « C’est ça ! » Ou plutôt : « C’est forcément ça, car je ne peux supporter d’être à nouveau déçu. Je vais donc refouler tout ce qui remet en question ce deuxième mouvement spirituel, ou ce troisième, quel qu’il soit. » Or, le seul moyen de progresser véritablement est d’utiliser un enseignement et un mouvement extérieurs pour questionner votre sens de l’équilibre. Vous pourriez objecter : « Lorsque j’ai découvert mon premier enseignement spirituel, j’aspirais à trouver la paix intérieure, libéré des pressions de ce monde. Est-ce un désir illégitime ? » En un sens, oui et non. On pourrait dire que c’est un désir légitime, car en atteignant l’éveil ou le nirvana, on est libéré des pressions terrestres. Mais comment parvenir à cette liberté ? Certains diront : « Elle ne sera atteinte qu’après la mort. Quand je ne serai plus en incarnation, alors je pourrai trouver la paix véritable. »

Voyez-vous, tous les enseignements qui parlent de karma et de réincarnation, qu’ils soient bouddhistes, hindous ou plus modernes, comme ceux qui abordent le processus d’ascension, sous-entendent que si vous n’avez pas atteint un certain niveau, vous ne pouvez pas vous libérer du cycle des renaissances et vous réincarnerez dans un autre corps. En fin de compte, on pourrait dire que la paix ne dépend pas de la mort de votre corps physique actuel. Vous n’atteindrez cette paix, libérée des pressions de ce monde, qu’une fois que vous aurez transcendé le cycle des renaissances, ou que vous aurez accompli votre ascension et que vous n’aurez plus besoin de vous réincarner.

C’est bien sûr ce que nous enseignons aujourd’hui. Mais cet enseignement n’était pas réaliste pour la population d’il y a 2 500 ans. C’est pourquoi, à l’époque, l’accent était mis sur la transmission du Noble sentier octuple, qui permettrait de transformer l’expérience vécue. Et cette perspective reste pertinente aujourd’hui. Nous cherchons à vous enseigner comment transformer votre expérience de vie afin d’atteindre la paix intérieure tout en étant incarnés et donc exposés aux pressions extérieures. En effet, si vous y parvenez, vous maintiendrez un équilibre fondamental pour la planète entière. En atteignant un niveau de conscience supérieur tout en étant incarnés, vous contribuerez à l’élévation de la conscience collective. Pour beaucoup d’entre vous, atteindre cette paix intérieure profonde, au sein de votre corps physique, est inscrit dans votre plan de vie.

Réprimer ou résoudre
On constate, à travers l’histoire, que de nombreuses personnes se sont isolées du monde, vivant dans des communautés monastiques où leur environnement extérieur est strictement contrôlé. Protégées des violences qui sévissent dans le monde, elles évoluent dans un cadre rassurant où leur équilibre est préservé. Nombre d’entre elles ont passé toute une vie dans un tel environnement sans pour autant progresser. Elles n’ont pas évolué. Elles ont seulement utilisé cet environnement et cet enseignement pour conforter un équilibre fondé sur la répression. Ce n’est évidemment pas ce à quoi nous vous appelons aujourd’hui.

Nous vous invitons à trouver le chemin qui vous mènera à une paix véritable, une paix qui ne repose pas sur la répression, mais sur la résolution. Vous pouvez accomplir ce chemin de votre vivant, afin de vous connecter à la conscience collective et de devenir une porte ouverte pour recevoir des idées et des impulsions issues d’un niveau de conscience supérieur, que vous pourrez ensuite exprimer dans le monde. Si vous parvenez à cette transformation fondamentale, votre vision de la vie peut changer radicalement. Vous accédez alors à une perspective entièrement nouvelle sur le sens de l’existence.

Voyez-vous la différence fondamentale que je viens de décrire ? Il existe une approche. Vous cherchez à vous libérer des pressions de ce monde. Vous aspirez à une forme de paix intérieure, quelle que soit votre définition. Mais pour y parvenir, vous utilisez un enseignement et une pratique spirituels afin de réprimer vos émotions, certaines pensées, et même une certaine identité. Vous vous forgez ainsi une fausse impression de maîtrise de vos émotions, de supériorité intellectuelle, et donc, de supériorité fondamentale sur ceux qui ne suivent pas votre enseignement.

L’autre approche consiste à rechercher une résolution. Quelle est la différence dans votre façon de percevoir le monde ? Eh bien, lorsque vous cherchez à réprimer quelque chose, vous considérez le monde comme une menace potentielle. Tout ce qui perturbe votre équilibre est perçu comme une menace pour ce dernier et doit donc être réprimé. Vous devez trouver un moyen de vous en débarrasser au plus vite afin de retrouver votre équilibre. Vous avez développé, au sein de vos corps émotionnel, mental et identitaire, des schémas précisément pour cela : réprimer tout ce qui perturbe votre équilibre.

En adoptant cette autre approche, vous acceptez d’être dérangés. Vous pouvez alors affirmer : « Mon véritable objectif est de résoudre tous ces schémas émotionnels, mentaux et identitaires qui me retiennent prisonnier de la Terre, qui m’empêchent de progresser, de m’élever, d’accéder à une liberté croissante. Je veux suivre la voie véritable du Bouddha, le Noble sentier octuple, non pas la voie extérieure, mais le noble sentier octuple intérieur. »

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Cela signifie que lorsqu’un événement extérieur perturbe votre équilibre, il ne s’agit pas d’une menace, mais d’une opportunité. L’occasion de vous demander : « Pourquoi suis-je perturbé ? Qu’est-ce que je ressens comme émotion ? Qu’est-ce qui se cache derrière ? Au lieu de nier cette émotion et de la refouler, je vais l’explorer. Que ressens-je vraiment ? Quelle est la véritable nature de cette perturbation ? Quel processus de pensée puis-je identifier ? Quelles sont mes croyances à ce sujet ? Quelle vision du monde ai-je construite, qui me donne l’illusion de l’équilibre tout en me maintenant à un certain niveau ? Je ne parviens pas à saisir pleinement les enseignements spirituels que j’étudie à cause de mes schémas mentaux. Ils doivent toujours s’y intégrer sans les perturber. Et lorsque je dépasse ce cadre, quel est mon sentiment d’identité en relation avec la Terre ? »

Par exemple, vous pourriez vous heurter à une réaction négative de la part d’autrui face à une de vos actions. Votre première réaction pourrait être la colère. En explorant cette émotion, vous réalisez d’abord que vous vous sentez impuissants face à la réaction des autres, à leur façon de vous percevoir. Pourtant, vous avez aussi le sentiment que vous devriez pouvoir influencer leurs réactions, car vous aspirez à la paix avec tous. Vous ne voulez pas susciter la colère et vous ne voyez pas d’autre solution, du moins votre état émotionnel ne le permet pas, que de modifier leur réaction afin de ne pas avoir l’impression de les avoir dérangés. Vous pouvez alors vous interroger sur le plan mental : pourquoi ces croyances ? Avez-vous peut-être le sentiment de comprendre le libre arbitre, de respecter celui d’autrui, et de pouvoir vivre sur cette planète sans jamais déranger personne, sans susciter la colère ou les accusations ? Vous cherchez toujours un moyen de faire la paix avec les gens, de trouver un argument qui leur fasse comprendre pourquoi ils ne devraient pas être en colère contre vous, pourquoi vous êtes vraiment une bonne personne, etc.

Ensuite, vous pouvez accéder au niveau identitaire et réaliser que vous avez peut-être le sentiment de ne pas avoir vraiment votre place sur Terre, de ne pas pouvoir vous exprimer librement, du moins si cela dérange ou provoque autrui. Vous avez l’impression que vous devriez pouvoir vivre ici sans déranger personne. Vous cherchez constamment à vous soustraire aux situations où vous dérangez les autres, afin de pouvoir continuer à vous sentir légitimes sans être constamment confrontés à ceux qui vous reprochent d’être ici. Il existe bien d’autres schémas, mais celui-ci n’est qu’un exemple parmi d’autres, applicable à de nombreuses personnes spirituelles.

Vous pouvez alors commencer à observer ces schémas et, progressivement, au fil du temps (cela peut prendre beaucoup de temps), travailler dessus, les comprendre, les résoudre peu à peu, jusqu’à réaliser que vous avez le droit d’être sur Terre. Vous avez le droit d’aspirer à un niveau supérieur de conscience et d’éveil. Vous avez le droit de l’exprimer, même si cela dérange autrui. Vous pouvez même réaliser que cela dérangera inévitablement les autres, car c’est ce qui arrive à quiconque élève sa conscience au-delà de ce qui est considéré comme normal dans une société. Vous perturberez leur perception de la normalité, leur équilibre.

La plupart des gens se sont forgé un sentiment d’équilibre, la conviction qu’ils ont le droit d’être tels qu’ils sont. Lorsque cet équilibre est perturbé par un élément extérieur, ils se mettent en colère et deviennent agressifs. Ils ont défini une norme selon laquelle c’est tout ce qu’un être humain peut être, c’est ainsi qu’il doit être. Lorsque cet équilibre est remis en question, ils se mettent en colère. Et vous, que faites-vous lorsque vous suivez un chemin spirituel ? Vous élevez progressivement votre conscience au-delà des normes de votre société. Cela risque-t-il de déranger ? Comment pourrait-il en être autrement ?

Être prêt à déranger les gens
Les enseignements et les mythes bouddhistes ne relatent pas l’ampleur de la résistance, de l’opposition et de la colère auxquelles j’ai été confronté en tant que Bouddha lorsque j’ai commencé à enseigner. Les Écritures chrétiennes, en revanche, témoignent davantage de l’opposition rencontrée par Jésus à ses débuts. Mais tous les maîtres spirituels y ont été confrontés, à des degrés divers. Certains ont su se retirer, comme je l’ai finalement fait au sein du Sangha. Car se retirer du monde et laisser venir à soi ceux qui sont réceptifs à son enseignement est une manière tout à fait valable d’enseigner.

L’autre voie valable, illustrée par Jésus, consiste à aller dans le monde et à déranger. Qu’a fait Jésus ? Si l’on considère l’ensemble de sa mission de trois ans, qu’a-t-il fait ? Il a bouleversé la conception que les gens se faisaient de la normalité. Il a dit : « Être humain, c’est bien plus que ce que vous vivez en ce moment. » Et quelle a été la réaction ? Un rejet total. Les gens préféraient voir un meurtrier relâché plutôt que celui qui les dérangeait. Car le meurtrier, ils pouvaient s’en occuper. C’était normal. Certains tuent d’autres personnes. Mais affirmer qu’on peut être plus qu’un être humain, c’est scandaleux. Nous ne nous laisserons pas déranger, alors nous tuerons celui qui nous dérange.

Vous savez, la plupart des personnes spirituelles hésitent à déranger autrui. Mais qu’est-ce qui permettra l’avènement de l’âge d’or de Saint-Germain, l’ère de la conscience supérieure ? Il faut que certains démontrent que la vie recèle bien plus que ce que la population considère comme normal, et cela passe par une présence active, quelle que soit la manière dont on l’accomplit. Il ne s’agit pas d’imiter Jésus ou Bouddha, ni d’accepter la mort ou la persécution, mais il est inévitable de déranger, et il est nécessaire d’apprendre à vivre en paix avec cette réalité pour accomplir son dessein divin. Ce n’est pas forcément le point de départ du cheminement. On peut prendre le temps de se libérer de ces schémas comportementaux afin de ne plus être perturbé par les réactions d’autrui.

Je sais pertinemment que ce discours a été long. Mais je souhaitais poser les bases afin de pouvoir vous transmettre des enseignements plus approfondis sur le Noble sentier octuple et vous montrer comment accéder à cette véritable paix intérieure, non pas fondée sur le refoulement et le déni, mais sur la résolution et une vision plus éclairée.

Je vous remercie de votre attention, grâce à laquelle j’ai pu projeter ce message à travers vos esprits et vos chakras vers la conscience collective. Ainsi, il pourra atteindre de nombreuses personnes qui n’auront jamais entendu parler de ce messager, de cet enseignement, du Maître ascensionné Gautama Bouddha, ou qui ne l’accepteront jamais. Pourtant, il aura un impact sur leur conscience. Soudain, elles percevront quelque chose d’inédit et pourront ainsi utiliser leur enseignement spirituel à un niveau supérieur.

Voyez-vous, notre but est d’éveiller les consciences. Il ne s’agit pas d’imposer à tous un enseignement spirituel particulier, mais de permettre à tous ceux qui sont ouverts à un enseignement spirituel authentique d’atteindre des niveaux de compréhension toujours plus profonds. Vous êtes, en quelque sorte, les catalyseurs de ce mouvement, qui existe depuis très longtemps, même avant que je ne transmette les enseignements du Bouddha il y a 2 500 ans. C’est un processus continu, présent depuis la création de cette sphère non ascensionnée, et même depuis les sphères précédentes. C’est le souffle de Dieu. Participer à ce souffle, être conscient d’y participer, peut grandement contribuer à atteindre cette paix intérieure. Même si vous vivez dans un monde aux nombreuses manifestations perturbatrices, vous êtes ici pour prendre part à ce processus intemporel d’élévation progressive de toute chose vers des niveaux toujours plus élevés. Qu’est-ce qui pourrait bien vous perturber, sinon un schéma non résolu, un moi séparé que vous n’avez pas laissé mourir, un attachement à ce moi séparé ou à ce schéma ?

En venant à cette compréhension, en y travaillant jusqu’à vous en détacher et à le percevoir soudainement de l’extérieur, vous comprenez comment le moi séparé vous limite et vous pouvez vous en libérer ; c’est ainsi que vous atteignez progressivement une paix de plus en plus profonde. Il n’y a pas de formule magique. On ne peut pas accéder à la paix intérieure avec un claquement de doigts. Mais vous pouvez traverser cette transformation, et la rapidité avec laquelle vous la traversez dépend uniquement de votre volonté d’examiner ce qui trouble votre paix. J’espère ainsi avoir à la fois perturbé votre paix, votre équilibre, et vous avoir offert une paix plus profonde. Je reviendrai certainement vous transmettre des enseignements plus approfondis, et vous perturber encore davantage, si vous le souhaitez.

Soyez scellés maintenant dans la joie du Bouddha que JE SUIS.

Copyright 2023 Kim Michaels
© Noël Wan pour la traduction française, 17/05/2026

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